Le Colonel Balsan...

Les mémoires de Consuelo Vanderbilt Balsan publiées en 1973 sous le titre "The Glitter & the Gold" consacrent un chapitre entier à leur résidence d'Eze : "Lou Sueil : Amis & Voisins".
Il suit de peu celui consacré à son époux, le Colonel Jacques Balsan sous le titre touchant de : "Un mariage d'amour".
L'homme a le chic anglais, la furia française et le sens aigu du service. Sans faire outrage à la personne de la rédactrice de cet utile document, disons qu'il ne souffre pas de ce syndrome de snobisme latent, parfois patent, qui semble marquer la riche héritière. Mais il faut passer outre.
La guerre les fit quitter Eze, comme la plupart des résidents étrangers du village. Monsieur Balsan veut servir et cette lettre en témoigne :

Lettre du Colonel Balsan émettant le voeu de servir sous la bannière des Etats-Unis
Madame est plus légère et ici à Eze sa tâche principale consistait à réunir les plus grands noms, les plus hauts titres afin que le sien ne fût point omis des listes d'invités des tycoons de San Francisco, New York, des ducs et marquis de Londres, des grands de Paris ou Venise. Sur Eze, sa description pourrait avoir été écrite par Poppée aux bras de Néron visitant les contrées reculées de l'Empire. Autant dire : rien. Mais elle est intarissable et, ajouterai-je, passionnante sur tout ce qui concerne ses visiteurs qui, grâce à cette hôtesse de charme, parcoururent nos rues dans le plus grand anonymat.
La liste est impressionnante! Bien sûr, elle évoque Barlow qui, nous dit-elle, organisa un concert de Nouvel An à Eze et y invita le Duc de Connaught, plus jeune fils de la Reine Victoria, qui sommeilla pendant toute la représentation. Toujours aussi brillante, la réception qu'elle donna pour le Maharajah de Kapurthala ou, en 1938, le comte Chlapowski, ambassadeur de Pologne. Madame Vanderbilt Balsan avait certainement le sens historique!
Plus original, et pour cause, la visite du Docteur Serge Voronoff, sorte de savant fou dont les expériences horrifièrent le monde scientifique. Plus prestigieux, sans doute, le dîner donné pour André Tardieu, dit le "Beau Tardieu" qui à la table du Sueil leva son verre à une Madame P. et un incroyable toast "A Madame P. toujours aussi belle et toujours aussi bête!"
Que dire de Charlie Chaplin! Il fut également l'un de ses hôtes. De même Edith Wharton, l'égérie du monde littéraire New-yorkais. Puis, presque voisin, Sir Winston Churchill qui, ajoute-t-elle "Winston Churchill et sa ravissante épouse furent parmi nos invités favoris pendent les dix-sept hivers que nous avons passé à Lou Sueil."
Eze fut donc bien, au moins pendent dix-sept hivers, cet écrin de soirées de princes où Barlow composait, Balokovic interprétait, Madame Balsan faisant le plan de table.