Le Quotidien.... son histoire
Le quotidien est une question d'histoire.
Échelonné à la mesure des années puis des siècles, il varie en fonction de ces derniers et peut passer du meilleur au pire en un éclair.
Le quotidien est donc l'aune modeste mais précise de la qualité des temps.
Le nôtre, je veux dire celui d'Eze, n'est pas, à cet égard très différent.
L'étude des généalogies et biographies ezasques nous montre une grande diversité de populations qui sont partagées - et non divisées - en fonction de trois critères fondamentaux :
Leurs localisations, leurs activités, leur ancienneté à Eze.
La commune s'étend aujourd'hui au travers des trois corniches mais a inclus Laghet, La Trinité puis les abords de Villefranche. Jusqu'il y a peu - et ce sentiment semble perdurer aujourd'hui - les vieilles familles d'Eze "du haut" et celle "du bas" sans s'ignorer ne se connaissaient et ne se fréquentaient que peu. Au sein de la même communauté, il n'était pas considéré comme bienséant de se recevoir et, le plus souvent, la seule visite des familles du voisinage était-elle mortuaire.
Il s'agit là de la localisation géographique des familles.
Puis, avec le temps, lesdites familles ayant plus ou moins prospéré, celles-ci se cantonnent à des fonctions administratives ou judiciaires (également militaires), celles-là, davantage liées à la terre, l'exploitent directement ou indirectement.
Il s'agit là de leur répartition par activités.
Enfin, il est clair, ainsi que j'ai pu le répéter à plusieurs reprises, que l'ancienneté ou plutôt l'antériorité au sein de la communauté villageoise constitue un apanage qui ne sera arasé que récemment au profit de privilèges qui ne seront plus ceux de la naissance.
Il s'avère qu'il existe peu d'Ezasques se consacrant à des métiers que je pourrais qualifier d'utilitaires. Les travaux importants qui sont effectués, notamment au XVIe siècle et début du XVIIIe siècle, époque où le village connaît une époque d'expansion, émanent de l'extérieur le plus souvent, soit de France pour les travaux mobiliers, soit d'Italie pour ceux immobiliers.

Ainsi, possédons-nous plusieurs meubles ayant été construits sur la Place de l'Église - la "Fracha"- par des Compagnons du Tour de France qui, en ce début du XVIIIe siècle, incluaient les marches du royaume dans leurs périples, sachant que les villages et bourgs provençaux, du Comté de Nice et de Savoie mais aussi d'Italie, constituaient une clientèle fidèle et fiable.
Le bois est fourni par le donneur d'ordre et le gîte et le couvert est offert au menuisier, outre le prix de son oeuvre.
Nos climats, sans faire totalement nôtre la théorie de M. de Voltaire, influent sur les habitudes, aussi, hivers froids ( et ô combien humides à Eze) et étés caniculaires poussent-ils les chefs de famille à diriger les leurs, à l'inter-saison, vers des lieux plus préservés. La montagne ou bien Nice constituent-ils, ainsi, des résidences provisoires qui, par temps troublés, offrent également un gage de sécurité. Parfois, il s'agit bien de l'inverse et c'est Eze qui garantit celle-ci bien plus sûrement.
Contrairement à ce que j'ai pu lire ici ou là, les maisons d'Eze ne sont nullement ces masures que l'on présentent. Ici, pas de "salle commune" ou de chambre où l'on s'entasse. Les pièces, peu nombreuses par étage en raison de la configuration des lieux, donnent tout loisir à chacun de jouir de sa chambre et les animaux utilitaires, de trait ou de traite, se trouvent dans des caves séparées plus ou moins proches du logis.
Les familles qui eurent à remplir des fonctions officielles, les voient souvent s'exercer chez eux et notamment le "Conseil" qui peut se tenir chez le Syndic, Bayle, Procureur ou Gouverneur d'Eze.
Jusqu'au début du XXe siècle, les chemins carrossables impliquent l'usage du cheval ou de l'âne. Le premier pour les trajets plus longs, l'âne pour emprunter le chemin qui mène à la Mer d'Eze. Mais ce sont bien les chaussures que l'on use le plus. Ainsi, notamment en ce qui concerne les Fighiera qui depuis au moins le XVe siècle eurent toujours une demeure à Nice et il est important de se rendre régulièrement à Eze de Nice et de Nice à Eze.
Enfin, aujourd'hui nos visiteurs sont surpris de trouver encore quelques habitants.