La Communauté...
La Communauté

Étudiant les textes fondateurs d'Eze et ses institutions, il est une chose qui frappe.
La flexibilité de celles-ci et l'absence tangible de féodalité telle qu'on l'entend dans la France moyenâgeuse ou même en Europe.
Dès le XVe siècle, ce n'est que de loin que la communauté d'Eze se voit régie par les règlements et arrêtés émanant des commensaux locaux et ce sont bien les habitants d'Eze eux-mêmes qui signifièrent son "congé" à la famille Riquier dont les exigences furent jugées léonines.
La pierre d'angle de cet édifice qui, on peut le dire, dura jusqu'à la seconde guerre mondiale, est le "Conseo".
Il est un contre-pouvoir par excellence et, de facto, un parlement local.
Composé des chefs des communautés familiales, il se réunit soit à l'église paroissiale, soit à la Chapelle des Pénitents Blancs dont la Confrérie comprend, dès l'origine, des femmes - d'ailleurs majoritaires - ou enfin au lieu de résidence du Bayle.
Eze, avant 1388, pouvait être menacé de plusieurs façons : par la mer, sous forme d'une invasion, par l'Italie, sous forme d'une annexion, par la France sous forme de l'intégration à la pyramide féodale. Peu ou prou, la communauté d'Eze échappa à tous ces "risques" en obtenant de ces Marches le pouvoir régalien de s'organiser en communautés.
Rien que ne craignît davantage le féodal que le désordre, aussi n'était-il pas hostile à ce modeste lest jeté en pâture aux intérêts supérieurs des comtés, principautés ou royaumes.
De tous les Conseils du Comté de Nice, c'est sans doute celui d'Eze qui montra la plus grande autonomie, se campant sur une position quasi irrédentiste.
Par exemple, en 1351, Pierre Figueria (un de mes ancêtres direct)-orthographe sentant encore son Espagne-, s'octroie le pouvoir au nom de la Communauté d'Eze de prêter serment à Aix au Roi Louis et à la Reine Jeanne.
Ce faisant, le village se détache du carcan féodal local et s'attache, sans autre lien que celui du droit, à une entité lointaine, encore vague et, disons le, peu exigeante puisque nous la quitterons quelques trente-sept ans plus tard.
Bayle ou Syndic, l'Ezasque chargé des intérêts communaux devait répondre à plusieurs conditions :
1) Appartenir à une famille d'Eze
2) Figurer au cens du village en qualité de notable
3) Avoir fait ses preuves de "procureur", c'est à dire représentant, sous une forme ou une autre.
Jusqu'à la seconde guerre mondiale, il est avéré que les successeurs de ces charges d'Ancien Régime : les maires, correspondaient à cette vision et jouaient, en outre, ce rôle si méditerranéen d'amiable compositeur en cas de litiges, que ceux-ci fussent endogènes ou exogènes.
L'éradication nationale des particularismes locaux a fait disparaître cette conception bien latine et non pas - une fois n'est pas coutume- grecque de la Cité.