D'Eze et de la Muséologie...

Publié le par Xavier Cottier

Inauguration du "Caveau des Légendes" - Archives SMAF

Par deux fois, Eze tenta d'ouvrir un musée consacré à son passé.


Je ne dirais pas que ce fut un échec. Mais il est vrai que de ces efforts louables, aujourd'hui, rien ne reste ou presque.


Le Musée Municipal :


La première expression muséale fut l'oeuvre de Charles-Alexandre Fighiera qui procéda tout d'abord à la collation des archives municipales et ecclésiales d'Eze. L'on peut dire, sans exagérer, qu'il les sauva.


Sur la lancée, il est décidé de consacrer aux quelques éléments susceptibles d'intéresser le public un véritable musée - c'est ainsi qu'il est alors désigné - montrant de façon didactique et, dirais-je, sérieuse, les grandes composantes du passé Ezasque. L'entrée est gratuite et sont montrées quelques pièces de mobilier religieux, des documents d'archive dûment encadrés (par exemple, les statuts de la Confrérie du Gonfalon). Es qualité, de même, le Conservateur du Musée Masséna, rédigea des tableaux à caractère statistique ou chronologique orientant le visiteur dans le dédale du temps, des noms et des lieux.


La Chapelle des Pénitents voisine, ayant conservé sa nature sacramentelle, était l'hôte chaque matin à six heures de la messe de le M. le Doyen Bonifassi, rédacteur de cette excellente histoire d'Eze qui fut régulièrement rééditée jusqu'aux années 1980. Elle était le pendant de cette salle d'exposition de la rue de la Paix. Avant lui, l'Abbé Rosso qui également participa aux travaux de Charles-Alexandre Fighiera.


Le Musée Privé :


En 1950, soit deux ans après sa première visite à Eze, Frédéric Zeller inaugure le "Caveau des Légendes". J'ai déjà mentionné l'homme, je voudrais maintenant évoquer son lieu.


En deux ans, l'artiste a dû s'imprégner de la nature toute particulière des gens d'Eze ainsi que de leur histoire (également de leurs histoires). En mai 1946, Zeller avait pu s'expliquer à la radio, lors de l'émission intitulée "Le Club d'Essai" sur sa technique toute particulière. On le taxe de peintre "naïf". Voilà ce qu'il en dit :


"On affecte dans certaines sphères de ne pas vouloir reconnaître à l'imagerie ses lettres de noblesse. "Art mineur", vous diront sentencieusement quelques "spécialistes" de l'article "savant" qui ne manquent pas du reste de feindre l'enthousiasme devant quelques pitreries ou facéties de malins... Je veux rester fidèle à ces grand Maîtres, car les grandes oeuvres du passé ne sont pas des reliques : leurs voix ont une résonance pouvant permettre des renouvellements permanents."


N'en déplaise aux artistes simplement contemporains mais non modernes qui feignent, eux aussi, de voir dans toute tentative de conservation du passé une irrémédiable destruction de leurs prétendues avancées, l'homme qui écrit ainsi fut tour à tour le secrétaire de Léon Trotski et le Grand Maître de la Loge du Grand Orient! Je veux dire par là que le créateur du Caveau des Légendes était tout sauf un conservateur...


Néanmoins, c'est l'histoire qu'il évoque. Certes, il ne colla pas à la vérité, disons, "universitaire" et je pense qu'il n'en avait cure, mais plutôt tenta-t-il, et je crois avec succès, de résumer les pans majeurs de notre petite histoire en quarante toiles et quelques sculptures. L'entrée était gratuite si ce n'était cette amusante assiette où les plus généreux laissaient quelques sous, histoire de payer l'électricité.


La gardienne des lieux, au sens le plus noble du mot, n'était autre que sa belle-mère, Madame Paulette Lefebvre, une Fighiera, qui défendait farouchement son gendre contre tout commentaire un tantinet critique!



Article de "L'Espoir" sur le Caveau des Légendes

Archives SMAF



Ces deux tentatives n'eurent pas de suite même si elle durèrent près de trente années. Je mentionnerai également les interventions de M. Charles Astro, Conservateur des Musées de Nice, qui, à son tour, fit un travail de sauvegarde du patrimoine Ezasque et notamment religieux. Il est aujourd'hui le Président de notre Comité Scientifique.


A la décharge de leurs initiateurs, tant publics que personnes privées, il faut convenir que, chemin faisant, les objets à exposer se sont faits de plus en plus rares. Les archives, sur injonction de la loi, sont parties qui à la Préfecture, qui à l'Evêché, qui.... Quant aux objets, une partie du trésor de l'église d'Eze a été dérobé, ainsi que je l'ai déjà mentionné après avoir publié l'inventaire de la Chapelle fait sur l'initiative de l'Abbé Bonifassi en ma présence  Mais, plus grave, l'intérêt pour l'histoire d'Eze semble avoir diminué chez ceux et celles qui, ici ou là, sont censés présider à nos destinées. Je crois pouvoir dire, d'ailleurs, qu'il n'a jamais existé, en tous cas ces dernières années. Seules leurs actions dans ce sens seraient de nature à me donner tort et, plus important, raison aux entreprises ci-dessus.

Nous sommes aussi là pour que reprennent les efforts de nos pairs.


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