Un Abrégé d'Histoire...

Publié le par Xavier Cottier

UN ABREGE D'HISTOIRE...


Des armées les plus craintes, c'est celle du "bonheur" qui nous fit le plus mal.


Les journées, puis les siècles s'écoulaient sans grands heurts.



Nous fîmes, tout d'abord, notre affaire de gueulards hirsutes qui disaient leurs : l'eau ou le bois refusés par les pires d'entre nous. Ces derniers, chez eux, auraient été premiers.


C'est une question de principe. Le barbare devait attendre aux pieds des murailles et si, ici, il entre, c'est invité ou mort...


Puis vint le temps des fanions aux couleurs plus vives ou bien passées comme des objets d'Egypte. De Provence ou d'Anjou, d'outre-monts et mers, veillent leurs porteurs chargés de présents et d'un fardeau antique : nos langues, nos religions, nos savoirs.


Leurs noms sonnent comme des poèmes et comme eux ils furent enfouis sous la poussière des sandales de reîtres d'autant plus soldés que leurs bagages étaient maigres. Se servant sur la "bête", et non comme le guerrier Peul d'Afrique qui goutte le sang de son bétail sans jamais avoir à l'abattre, ils ne firent que passer, mais non sans mal.


Puis vinrent des Italies, celle de Rome et de la Grande Grèce, des parfums d'orangers, de vin teinté d'épices et de lauriers. Egalité romaine, la vraie, où les couronnes sont de fer en Lombardie, d'or à trois niveaux à Rome et, ici, de fleurs sauvages. Cet "ici" où le tyran est aimé lorsqu'il est mort et l'éclairé monarque, bon père de famille, regretté davantage pour ce qu'il n'a pas encore fait, que pour ce qu'il a fait.


Eza, pas même un nom de halte, sonne aux oreilles des passants comme l'aire de l'aigle, annonciateur des périls à venir. L'astre régnant, soleil de son état, cassera nos murailles de son sceptre d'airain sans que, jamais, nous lui ayons ôté notre estime. Qui, plus que Phébus éclaire ?


Les flots, les fleuves se soulevèrent. Du Var et de Mare Nostrum, une vague de fureur vint frapper à nos hautes portes de bois, rivées au clou de la forge. Parmi cet équipage guerrier, la future armée de l'aigle qui nous fera voler jusqu'aux rivages d'Egypte, des marches de la Sainte Russie pour s'y casser le bec, les plumes et les ongles. Ou, de l'héroïsme et des mérites érigés en loi universelle! Baisse tes yeux, Rapace ; ils sont faits pour le haut horizon et, comme tes proies de naguère, attends donc la mort. Sois inquiet, elle sera lente. Sois rassuré, elle est proche.


Et le dieu des incroyants créa le mot : présent. Non pas comme un cadeau, l'offerte du nanti au plus pauvre, non pas. Mais comme l'on donne sa pitance aux porcs, la jette de sa hauteur à de faciles proies. Avec le mot, la chose : une armée de médiocres, munie de l'épée d'ambition, de la masse d'ignorance et du fer d'irrespect. Leur seule patrie : aujourd'hui, leur salut : demain, ou le jour du départ.


Ils arasent, d'autres bâtissaient, ils jugent, d'autres pardonnaient, ils punissent, d'autres remontraient, ils se gavent, se vautrent, tempérance et frugalité des autres, ils sont épais et durent forcer nos étroites portes. Leurs sales âmes encombrent nos temples que nous ne peuplons plus que par la pensée. Importants chez les autres, importuns chez tous, ils pillent d'autant mieux que nos huis leur furent ouverts. Ils ne portent pas l'épée, leur condition l'interdit mais sous leurs couleurs grises, au repli d'un ventre qui tombe, se cache un stylographe qui, enfoncé dans l'encre noire et débile de sordides machinations, fera d'un crabe un Saint Bernard l'Hermite, vomissant de bonhomie et de sainteté, avant que de sa pointe il ne crevât les yeux de l'indigène déjà aveugle puisqu'il l'a reçu en son sein.


Rentrez vos stylets, valets de comédie, la pièce est jouée, la cause est entendue. Le monde l'a emporté sur le ciel et le ciel bientôt sur le monde. Alors que ceux qui savaient lire devinrent aveugle, Dame Nature fit bien les choses et les fit disparaître. Eze, "Ville" - c'est ainsi qu'ils la veulent, c'est ainsi qu'ils la nomment - ouverte, béante, vidée telle un poulet.


Honni soit qui mal y pense...



Quand le dernier arbre sera abattu

La dernière rivière empoisonnée

Le dernier poisson pêché

Alors vous découvrirez

Que l'argent ne se mange pas.

(Proverbe Cree : Indiens du Canada)

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