Eze en 1323
En cette année 1323, alors que le sang des Provence à coulé lors de la campagne de Sicile, Robert, Roi de cette dernière et Comte de la première mais aussi de Forcalquier et Piémont, notre Prince, réorganise ses troupes, son armada et ses fortifications.
Les temps auraient pu être à la fête ; son fils Charles, duc de Calabre, sortant de royales épousailles avec Marie de Valois, fille de Charles Ier de France ; mais il a fallu se garer à droite et à gauche qui des Spinola de Monaco, des Doria de Dolceaqua et des Lascaris, Comtes de Vintimille et de Tende.
Ce noble et guerrier aréopage, doté de pas moins de douze galères, sillonnait Mare Nostrum pour y conquérir Nice.
C’est ce que Robert apprit des émissaires marseillais qui lui rendirent compte de la situation en Avignon, d’où il ordonne à Robert de Milet, en ce 8 février 1323, en sa qualité de trésorier royal de Provence, alors qu’il réside à Marseille, de lancer dudit lieu la visite des châteaux et fortifications de Marseille à La Turbie.
Robert de Milet peut, de loin et venant de Villefranche, apercevoir le lieu qu'il doit inspecter ainsi que son "castrum" qui le surplombe. Sont présents les quatre hommes élus par la communauté d'Eze. Et voilà ce qu’ils entendent en ce matin du 12 avril 1323 :
"Quod homines dicte universitatis, sub pena centum parcharum argenti, per totum mensem proximum maii, barrium, quod dirutum..."
Au cours du mois de mai prochain, les hommes de la Communauté d'Eze doivent, à peine d'une amende de 100 marcs d'argent, reconstruire le mur d'enceinte du village situé derrière le château; ce mur s'est écroulé en partie sur une longueur de 18 à 20 cannes; il devra être remonté d'une hauteur de 8 à 10 pans, à partir de ce qu'il en reste et sera surmonté de merlons. - Traduction C-A Fighiera -[Merlon :Partie pleine d'un parapet entre deux créneaux]
"Item, quod portale unum quod habent tantum, cadiant aptari, et in eo fieri bonam clavaturam, taliter quod secure singulis noctibus claudi possit, si foret necesse"
Ils adapteront la seule entrée du village et la muniront d'une bonne porte de façon qu'elle puisse être fermée sûrement si cela était nécessaire. Par ailleurs ils continueront diligemment, le jour et la nuit et au lieu habituel, le feu qui correspond à celui de la Tour du Mont Boron à Nice...et ce à peine d'une amende de 100 marcs d'argent. - Traduction C-A Fighiera -
Face au si craint visiteur, les prémisses d'un Conseil représenté par Raymond Martini, Jean Bovis, Pierre Regis et Guillaume d'Eze, lequel sera véritablement consacré en date du 24 mars 1331 par le bailli seigneurial, Raymond Figueria* qui aura réuni tous ses nouveaux conseillers : Pierre Sigaudi, Raynaud Figueria, Hugues Truffardi, Pierre Figueria, Isnard Bovis, Guillaume Sigaudi et Renaud Bordelli.
Eze est donc maintenant paré. Renforts d'hommes, de victuailles, un chien rôde de jour comme de nuit et le phare veille.
La lumière de ce phare qui « nous » vaudrait une amende de 100 marcs d'argent s'il n'était pas maintenu en activité est un puissant encouragement pour qui pense, avec une pointe d'optimisme, que c'est au creux de la plus grande noirceur que toute lueur, fut-elle la plus infime, éclaire le mieux.
* Figueria, orthographe originelle qui sera relevée (et « italianisée ») par Luigi Figuiera, alias Louis Figuier, enfin Ludovic Figuiera dès la fin du 18ième siècle.