Rue du Brec...
Au fil de ces pages quotidiennes, nous voudrions également procéder à un court historique des rues d'Eze.
Tout naturellement, nous commencerons par la nôtre.
Son appellation même, "Brec", fait état du rocher qui, sans aucun doute de plus grande importance dans le passé, barrait partiellement l'accès vers l'église.
Il demeure du "Brec" un contrefort peu élevé du côté ouest de la rue.
Dans les actes de la pratique, jusqu'au XIXe siècle, elle était indiquée comme la "rue qui mène vers l'église" et constituait donc la rue dite de l'Église.
Plus précisément, notre pâté de maisons qui s'est d'abord appelé le "castrum", s'étendant jusqu'à l'entrée principale du village, fut plus tard intitulé "Lou Sublie" - l'endroit d'où l'on siffle - pour une raison anecdotique et amusante.
Le mur qui commence à l'orée de l'église, constituait un poste d'observation et de contrôle important pour cette partie du village. Aussi, est-ce de là que les habitants se rendaient pour "siffler" ceux et celles qui étant à l'extérieur de la fortification pouvaient être menacés d'un danger naturel ou humain. Cela veut également dire que la rue de l'Église proprement dit commence en fait à ce muret mais non à l'emplacement de la plaque d'aujourd'hui. C'est, au demeurant, un détail.
La rue du Brec, sous cette appellation ou une autre, constitue sans aucun doute l'une des plus anciennes voies du village pour la simple raison qu'elle est, avec la rue dite de la Paix, la seule liaison avec l'église. De même, fut-elle le siège du Conseil pendant longtemps et notamment lorsqu'un Fighiera/Figuiera assurait des fonctions de gouverneur,bayle ou syndic d'Eze
"La Rue du Brec" - Photo "Yvon" - Collection SMAF
Cette excellente photo de l'éditeur Yvon, fut vraisemblablement prise au tout début du XXe siècle et singulièrement avant 1913 car la maison Ciocco est encore de nature de "Café" alors qu'un peu plus tard elle sera également la poste.
Ma mère, encore tard dans ledit siècle, a pu voir des femmes enrouler leur mouchoir, le poser sur leur tête puis porter ainsi que le montre l'illustration, des poids importants jusqu'au faite du village. Ce geste quasi biblique nous fait remonter jusqu'au temps béni d'une Méditerranée alors pacificatrice et pacifiée.
Au sein de l'établissement de Madame Ciocco, membre de l'une des plus honorables familles d'Eze, un café-tabac et restaurant où l'on pouvait voir la propriétaire qui habitait au dessus avec sa famille, puiser l'eau au puit se trouvant dans la pièce principale.
De nombreux de ces puits sont aujourd'hui occultés (dont notamment celui de notre église) et permettent de faire accroire à une absence immémoriale de l'eau à Eze. Bien sûr, il n'en fut rien. De même, les fours à chaux dont l'éradication systématique n'a visiblement ému personne!
La rue du Brec de nos jours, Photographie SMAF
Mais grâce à Dieu et à la photographie, des traces demeurent de ces paysages ancestraux dont seules, aujourd'hui, les versions défigurées sont "protégées". Véritables adminicules du crime commis contre le bon goût, elles sont autant de pièces à déposer au procès des esprits indigents.