Merci aux Masséna...

Portrait du Général Masséna - Collection SMAF
Nous avons déjà tenté ici de situer le sort d’Eze au centre des batailles qui eurent lieu dans toute la région (en fait, le Piémont), mettant en jeu les forces françaises contre celles Austro-sardes.
Nous savons comme chose acquise et certaine que le Général Kellermann séjourna à Eze (voir nos entrées précédentes). Pour autant, il convient de citer également un acteur "régional" de ce conflit qui ne cessera qu’avec l’Empire : le Général Masséna, alors à Coni, cet enfant du pays de Levens qui, connaissance de Louis Figuiera, lui assurera un sauf-conduit aux fins de lui voir épargner les peines infligées aux "émigrés"
Eza fut indiscutablement épargnée lors des âpres combats qui eurent lieu tout l’été 1793. Nous savons pourtant que notre village faisait partie du plan du 20 juin 1793 qui prévoyait que si l’ennemi devait forcer l’armée d’Italie à quitter sa deuxième position, soit Lucéram, celle-ci se porterait vers le mont Cemboula, Monaco et Eza.
Nous ne reviendrons pas ici sur l’incroyable et glorieuse carrière militaire du Général Masséna mais plutôt sur le fait qu’il est, répétons-le, un enfant du pays. Ceci est d’autant plus important que dès1917, le fils du duc de Rivoli, André, fait don de ce palais à la ville de Nice pour que la villa Masséna devienne un musée d’histoire régionale et que les jardins qui l’entourent soient rendus publics. Le musée fut ouvert en 1921 et parmi ses conservateurs successifs, il est bon de citer Charles-Alexandre Fighiera, l’historien Ezasque de talent que nous connaissons.
Mais revenons à l’année 1793. Le lieutenant-général Anselme s’apprête à franchir le Var. L’opération s’est avérée moins difficile que prévue puisque dans la nuit du 28 au 29 septembre, le commandant de la place de Nice, le général Courten, se retira à la tête de ses Piémontais. Dans ses Mémoires, (disponible à la lecture au siège de notre Société), le Général Masséna précise que la place fut pillée par les marins du pays et que c’est à la demande des habitants de Nice que le général Anselme pressa le pas de sa troupe pour prévenir de plus grands périls. Le Mont Alban et Villefranche se rendent. C’est alors que Masséna peut retrouver le sol natal après quinze années d’absence. La place d’Eza n’est pas mentionnée mais simplement le fait que la brigade Barral pousse jusqu’à Belvédère et Lantosque.
C’est alors que le drame arrive. Les habitants de Levens, cité natale du Général Masséna, massacrent le détachement dudit lieu à la suite de prélévements militaires sur le bétail. Masséna, commandant le détachement Dumerbion chargé de réprimer cet acte de guerre, rentra dans le village de Levens sans verser le sang et le rendit acquis à la République.
Cet épisode est très marquant de l’esprit Niçois. Ce n’est pas le Général Masséna, général Républicain qui entre dans Levens mais le petit André, fils de Jules Masséna et de Marguerite Fabre, qui après la mort de son père fut recueilli par sa grand-mère maternelle.
Enfin, anecdote troublante. La carte du Piémont annexée au Mémoires du Général Masséna ne cite pas Eze qui, pourtant, figurait aux cartes royales du Maréchal de Catinat, le Roi Louis XIV lui-même ayant pris la peine (entrée précédente de notre blog) de fixer à Eze et La Turbie les confins des possessions du Prince de Monaco.
Cette omission qui, peut-être, nous épargna de grands dommages, réparée aujourd’hui nous en vaut bien d’autres. Quoiqu’il en soit, il est bon de faire figurer le Maréchal Masséna parmi les enfants du Comté qui prirent soin de son sort aux moments de troubles comme aux moments de gloire. Merci aux Masséna!