La Chapelle des Pénitents Blancs

Publié le par Xavier Cottier

Photo : Société Muséale Albert Figuiera

 

 

 

Alors que des aménagements commerciaux sont prévus au plus près de la Chapelle des Pénitents Blancs, il convient de rameuter son histoire ainsi que celle de ceux qui la servirent pendant de si nombreux siècles.

 

La date de naissance officielle de la Confrérie des Pénitents d’Eze, soit celle du 20 mars 1306, provient en fait d’une liste datant seulement de 1889 (date que Charles-Alexandre Fighiera remet en doute, ou plutôt s’interroge-t-il sur sa provenance).

 

Leurs biens étaient constitués par la Chapelle de la Sainte Croix, objet de notre étude sommaire et d’un terrain au Pous, sans omettre les dons et legs que chaque Ezasque ne manquait pas de faire par testament.

 

Le 10 septembre 1713, les pénitents d’Eze sont réorganisés sous l’appellation de Confrérie du Saint Rosaire dont la constitution est rédigée sous forme notariale.  Les archives paroissiales – dont on ne sait où elles sont situées aujourd’hui – contenaient les lettre patentes du 3 avril 1713 obtenues du Prieur Général de l’Ordre des Prêcheurs. Ce n’est que le 10 septembre que la Confrérie est officiellement instaurée à l’issue d’une Messe dite dans ladite chapelle puis l’assemblée s’est réunie au sein de la case claustrale, (ce qui fut le presbytère d’Eze) en présence notamment d’Antoine Figuiera qui se trouve être le frère de Jean-Baptiste Figuiera, vice curé de la cathédrale de Nice depuis 1690 et vicaire perpétuel de La Turbie.

 

Deux confréries (confraternita) coexistent donc mais elles sont réunies de facto. La confrérie est administrée, pour ne pas dire gouvernée par le Prieur. A ce stade, il convient d’ajouter que cette institution est mixte et comprend des hommes comme des femmes. Ainsi, le président de notre Commission Patrimoine & Traditions, M. Isidore Aicardi, est toujours en possession  de la robe de pénitente de sa mère. N’est-il donc pas étonnant de trouver des consoeurs, une prieuresse (sic) parmi les correcteurs, le trésorier, le sacristain, le régulateur, le maître de chant, les conseillers, porte-Christ, porte-fanaux, porte-torches, soit plus de trente fonctions pénitentielles.

 

Peut-être, convient-il plus généralement de rétablir le sens exact du "Pénitent".

 

Le terme en lui-même inclut deux notions indissociables en chrétienté : la connaissance du péché et la volonté de s'en amender.

 

Pour ce faire, les voies sont multiples. Certaines, plus exigeantes que d'autres, appellent à l'appartenance à une communauté dont la vie serait fondée sur des valeurs de repentance, de consécration et de dévouement à autrui.

 

C'est ainsi que naissent les confréries de pénitents et, ce, dès l'aube de la christianisation en Europe.

 

Plus généralement, une observation est particulièrement intéressante. Toutes ces associations d'hommes (et parfois d'hommes et de femmes comme à Eze) qu'elles fussent chevaleresques, initiatiques, ordinales ou ecclésiales, toutes, dis-je, s'unifient non par la nationalité (celle-ci est finalement une "invention" récente) mais par la langue d'une part et l'adhésion à un "canon" d'autre part.

 

Bien sûr et de toute évidence, la langue commune est le latin. Elle n'est pas, alors, cette langue dite morte mais bien plutôt cet intéressant "latin de cuisine" qui correspond, mais de loin, à la belle et antique prose latine.

 

De même, il est à noter qu'au sein de cette Europe médiévale, le français, le provençal, l'italien constituent également des outils de communication mystique. Je pense particulièrement aux templiers, aux Chevaliers de Malte qui, comme le feront plus tard les Jésuites, se divisent en langues et en rites (lyonnais, parisien, etc.).

 

Il convient, de même, d’ évoquer les obligations particulières auxquelles étaient astreints les pénitents d'Eze.

 

A toutes fins utiles, il convient de rappeler que la Confrérie du Saint Rosaire et des Gonfalons fut, jusqu'à sa disparition après la seconde guerre mondiale, une association religieuse d'hommes et de femmes d'Eze (cette appartenance à la communauté d'Eze est une obligation) qui s'astreignaient à des pratiques générales et particulières.

 

Celles générales différaient en fonction des temps et ceux d'épidémies et de guerres firent que très vite les membres de la Confrérie eurent le dur privilège d'inhumer les Ezasques.

 

Le "Coustumier" des Pénitents est plus ou moins le même dans tous les pays où l'Église est fortement implantée. C'est le cas de la France, de l'Espagne et des provinces d'Italie. La raison en est simple. Les règles qui administrent les pénitents sont toutes établies par le Saint Siège qui par la voie de ces légats, cardinaux et évêques publie les textes répondant aux Bulles fondatrices de Pie V, Grégoire XIII, Clément VIII, Urbain VIII et Clément XI.l

 

Il impose l'entretien de la chapelle, lequel est financé par des dons en nature et des legs. La participation aux offices obligatoires et fêtes fixes ou mobiles. En contrepartie, les fidèles qui remplissent ces charges se voient accorder des indulgences qui, assorties de la pratique de la confession, leur assurent une place particulière au sein de l'Église et, le jour venu, au Ciel…

 

Leur dernière émanation fut, sans doute, la procession de l'Assomption et de sa veillée, pratiquée par quatre hommes d'Eze dont les familles s'étaient auparavant acquittées de la responsabilité de porter la pesante statue de la Vierge mais légère aux épaules de ceux qui souhaitaient ainsi renouer avec la contrition.

 

Le rédacteur des présentes – qui pourtant n’est pas né en 1306, a assisté à la Messe dans la Chapelle des Pénitents. Notons, à ce titre, que la protection du lieu n’est pas liée, en République, à sa nature de lieu de culte mais de monument historique de nature religieuse. Il serait d’autant plus injuste que les pouvoirs publics, singulièrement ceux territoriaux, se targuent de la fermeture de la Chapelle pour en faire nous ne savons trop quoi – de même pour ses dépendances – alors même qu’ils sont indiscutablement à l’origine de ladite fermeture, aidé en cela par un désintérêt démontré de la part des autorités religieuses. Jamais adage populaire ne fut ni plus vrai ni plus désespéré : « Il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à ses saints… »

 

 


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