Sur les traces du "Piedmont", navire de Luigi Figuiera d'Eze

Publié le par Xavier Cottier

                      LE NAUFRAGE DU "PIEDMONT"

 

 

 

 

SUR LES TRACES DU PIEMONT

Il était naturel de s’inquiéter du sort du bâtiment du jeune capitaine Luigi Figuiera. Les circonstances dans lesquelles il le quitta sont obscures et, pour le moins, troublées.

Nous savons simplement que le "Piémont" fut vendu à Ostende le 13 août 1790 à un certain M. Rabaud, négociant, sur ordre de M. Guide, de Nice. Le commandement en fut confié au capitaine Simian.

Si l'ultime page du journal de bord est confirmée par les faits, une partie de l'ancien équipage et son capitaine embarquèrent à son bord et retournèrent à Marseille, puis Luigi Figuiera à Nice, ainsi qu'il le déclare lui-même.

Mes recherches furent difficiles. Les bâtiments de ce temps ayant pour nom "Piémont" sont rares. Plus que cela même, puisque le seul que j'ai ainsi découvert se trouve être anglais. Le "Piedmont" est, en 1795, soit cinq années après son départ des Indes, un navire de transport de troupes.

Les Concordances :

Les noms :

Le fait qu'un navire britannique portât le nom de "Piedmont" est en soi surprenant. Il est indiscutablement le seul de sa catégorie et de la période concernée.

Le terme même de "piemonte" en italien, "piémont" en français et, enfin, "piedmonte" en anglais n'a que peu de rapport avec la mer. S'appliquant au navire d'un commandant originaire du Royaume de Sardaigne comme l'est le capitaine Figuiera, la chose s'entend alors tout naturellement. Il s'agit, bien sûr, de la région du Piémont à laquelle il appartient.

La simple anglicisation du nom du navire aurait permis à son capitaine de respecter au plus près la règle selon laquelle on ne débaptise pas un bateau.

Les dates :

Le 28 août 1793, le port de Toulon est pris par l'amiral Hood, c'est à dire par les anglais. Nous pouvons envisager que le "Piémont" qui fut celui du capitaine Figuiera pouvait être mouillé à Marseille, siège de son armateur, mais aussi à Toulon. Il a pu, de même, être arraisonné lors des diverses batailles navales qui s'engagèrent sur ce théâtre. Enfin, il a pu être vendu à la flotte britannique.

En un mot, selon mes recherches le "Piedmont" qui, nous allons le voir, se trouvait faire partie de la flotte anglaise, est bien celui qu'a commandé Luigi Figuiera pendant deux ans.

LES FAITS

Le "Piedmont", en ce mois de novembre 1795, est commandé par le capitaine Ambrose William, âgé de 36 ans. Seize canons, quatre cent cinquante tonneaux, ce navire est parfaitement adapté à la tâche qui lui est assignée de transport de troupe. A son bord, cent trente huit soldats du 63ième régiment. De 1788 à 1790, s'il s'agit bien du même, ils ne furent que cinquante, mais n'oublions pas que les cales étaient remplies de marchandises. Une fois vidées, elles constituent un casernement tout aussi rustique que celui réservé aux "privates" anglais.

Nous sommes le 18 novembre 1795. Le convoi naval comporte six navires, dont la Catherine, la Vénus, le Piedmont, le Thomas, le Golden Grove et l'Aelous. Il avait quitté le port de Spithead le 15 novembre sous le commandement du Vice-amiral Hugh Cloberry Christian.

Leur mission? Apporter un soutien aux troupes anglaises stationnées aux Indes, la suprématie britannique étant menacée au Sud par la France. Ce fait est important, renforçant la haute probabilité selon laquelle ces deux "Piémont" ne font qu'un seul. Le voyage du "Piemonte" qui s'est déroulé sans heurts fait de lui un navire sûr.

Dans la nuit dudit 18 novembre 1795, le long de la côte du Dorset, entre Chickerell et Fleet, le Piedmont, la Catherine et la Venus et le Thomas sombrent corps et biens après s'être broyés contre les rochers aigus de Chesil Beach qui connurent plus de naufrages qu'aucun autre lieu.

 

 Deux cents trente quatre hommes périrent en ce jour fatal, à l'exception de Miss Charlotte Smith qui laissa un récit détaillé de la tragédie.

Mes recherches continuent, s'agissant de savoir l'origine exacte de ce "Piedmont" qui périt cinq ans après la traversée du capitaine Figuiera. A nouveau, le fait qu'aucune trace de ce bâtiment ne puisse être trouvée en France, alors même que son armateur était français, appelle à penser que le navire du jeune commandant Ezasque et celui du capitaine Ambrose William ne font qu'un.

Nul doute que Ludovic Figuiera eût été plus qu'ému de la nouvelle lui qui, au demeurant, a semblé apprécier particulièrement l'esprit anglais auquel il se frotta en Espagne puis aux Indes.

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