L’esprit muséologique…

Publié le par Xavier Cottier

Graffiti de la Tour de Londres

L’esprit muséologique…

 

Si nous avons dû constituer une association et la dénommer « muséologique » - en prenant de le risque d’user d’un barbarisme, pourtant bien utile -, c’est tout d’abord qu’aucun autre mot ne peut mieux décrire, résumer notre démarche et, enfin, que celle-ci embrasse l’ensemble des « vestiges » visibles et invisibles qui, peut-être, sans nous (et d’autres, certes) disparaîtraient irrémédiablement.

 

Il est un exemple qui me vient immédiatement à l’esprit et que je peux illustrer pour en avoir été le témoin d’autant plus impuissant qu’il est impossible, parfois, d’être entendu tant toute démarche téléologique (c'est-à-dire « Pascalienne » - de l’infiniment petit à l’infiniment grand…-) est de nos jours ignorée, ou pire, moquée.

 

Je veux parler des « graffiti ».

 

Supplanté par le « tag » - qui, lui, a souvent un intérêt artistique et constitue un phénomène urbain – les graffiti étaient-ils plutôt un moyen de communication, si ce n’est d’information.

 

La notion de « rénovation » lorsqu’elle s’applique à des monuments de nature publique, comme les églises, les édifices du pouvoir (palais, mairies, etc.), a depuis disons cent ans la fâcheuse habitude de revêtir les graffiti d’un enduit lisse qui cachera quasiment de façon permanente les témoignages passés.

 

L’esprit muséologique est donc, aussi, de s’attacher au collationnement de ces derniers. Ainsi, la Tour de Londres – l’un des édifices les plus chargés d’histoire en Europe -, a-t-il pris soin en la personne de ses curateurs successifs de conserver, archiver et protéger les nombreuses inscriptions autographiques que les prisonniers ou résidents y ont accolés. Le 13 août 1995, passant une journée entière auprès des Tours dites « Beauchamp » et « Bloody » (celle-là même où résida Sir Walter Ralegh pendant sept années), ai-je pris la peine, au demeurant sans grande difficulté car le tout est dûment répertorié, de noter celles-ci. L’une m’a paru plus particulièrement touchante que les autres: celle de Charles Bailly en date du 10 avril 1571 : « Les sages devraient de façon prudente examiner ce qu’ils font, réfléchir avant de parler, prouver avant qu’ils n’agissent, prendre garde à la compagnie qu’ils recherchent et, par-dessus toute chose, en qui ils placent leur confiance. » Le malheureux avait été arrêté à Douvres en 1571, porteur de lettres codées. Il fut relâché en 1573.

 

Je me souviens, enfant, avoir vu sur le mur Est de l’Eglise paroissiale les reliquats encore visibles des « passants » donc certains étaient en latin mais également sur les murs des maisons les plus anciennes du village. L’enduit des édifices « riches » était donc devenu une page blanche.

 

Le graffiti, au sens étymologique du mot - « Graphium » en Latin ou éraflure – veut également signifier que toute inscription par un autre moyen et sur un autre support que le papier est irrémédiablement perdue. Nous avons pu vérifier la chose lorsque nous cherchâmes depuis bien longtemps l’inscription que le général Kellermann laissa sur un mur de la pièce qu’il occupa au sein de la maison de Ludovic Figuiera, aujourd’hui siège de notre association. Nous savons qu’il fit usage d’un charbon de la cheminée toute proche. Mais, jusque là, nous n’avons rien trouvé hormis la note manuscrite qui relate ce petit évènement.

 

En un mot, rien n’est trop humble pour qui recherche non pas la vérité historique mais qui souhaite, tout simplement et humblement, tendre vers elle, au plus près, sans trahison ni faire d’impasses.

 

Les travaux plus ou moins récents qui ont uniformisé l’aspect général du village pour le fixer dans un style qui à proprement parler n’en est pas un, ont également détruit ce patrimoine.

 

Si ce discours devait sembler ridicule à certains de mes lecteurs, j’ajouterai que si cet esprit ou plutôt son manque, avait été chose commune de l’âge de pierre au, disons, le 19ième siècle, nul doute que nous n’eussions plus aucune représentation simple des aspects humains de phénomènes qui, pour être connus dans leur mouvement global, ont été ressentis toujours différemment par chacun de ses acteurs. La main du chasseur du néolithique ne nous aurait pas rappelé que le sentiment religieux, s’il ne peut préexister à l’homme, existait chez lui dès sa genèse ; et ce graffiti de Pompéi (source : l’admirable site : http://www.noctes-gallicanae.org/Pompeii/graffitis.htm#vie) « Nihil durare potest tempore perpetuo cum bene sol nituit redditur oceano decrescit Phoebe quae modo plena fuit (Venerum) Ventorum feritas saepe fit aura l[e]vis. » CIL 4, 9123 que :

 « Rien ne peut durer pour l’éternité :

 quand le soleil a bien brillé, il est rendu à l’océan,

 Phébé décroît qui à l’instant était pleine,

 la sauvagerie des amours (ou des vents) se fait souvent brise légère. »

 

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