Eze 1954...

"Plaisir de France" - Septembre 1954 - Archives SMAF
Les magazines des années 1950 sont des revues de bibliothèque. Grands formats, photos de qualité, articles encyclopédiques rédigés par de grandes signatures.
"Plaisir de France" avec "Connaissance des Arts" fait partie de ces grandes publications.
En cette année 1954, "Plaisir de France" se consacre à Nice et sa région. Eze est en bonne place.
L'article pourrait avoir été écrit aujourd'hui, hormis son style qui se distinguerait du charabia contemporain.
"Il est des mots qui se suffisent à eux-mêmes, soit que l'oreille trouve plaisir à les entendre prononcer, soit que l'oeil se satisfasse de leur parfaite transcription graphique : Eze est au nombre de ces mots privilégiés."
Très juste observation. Le mot lui-même : Eze, constitue un inimitable ornement de graphiste qui, curieusement, évoque la silhouette fantomatique du village par temps de brume.
Puis, une observation à laquelle j'adhère totalement, notre association étant, au demeurant, sa volontaire illustration :
"Pour intéressante que soit l'Histoire, les hommes qui l'ont "écrite" et ceux qui la poursuivent semblent encore plus passionnants."
Bravo!
Puis de nous décrire, sans fioritures ni exagérations :
"Il suffit de quelques temps passés parmi eux pour se rendre compte que les Ezasques ont une passion commune : leur cité. Certaines familles y sont installées depuis des siècles et ce sont les mêmes noms que l'on retrouve sur les registres de la mairie et sur les pierres tombales du petit cimetière accroché aux rochers."
Puis de dépeindre une visite du village :
"Le village, pourvu d'une voirie "à dos d'homme", est pourtant fort bien entretenu.
Le commerce est, à Eze, presque uniquement représenté par les marchands de souvenirs, mais leurs étalages sont discrets et les objets vendus donnent à la rue une note supplémentaire de couleur et de gaieté."
.../...
"Mais, quels que soient leur talent et l'honnêteté de leurs recherches, il n'en reste pas moins que les véritables artistes d'Eze sont ceux qui, de père en fils et pierre à pierre, ont élevé et entretenu avec amour et simplicité ce noble village."
Sans exagération, cette phrase devrait être gravée au marbre et figurer à l'entrée de notre cité mais je doute que, jamais, l'initiative fût approuvée.
Enfin, évoquant de façon générale les artistes d'Eze, l'article conclut en mentionnant le peintre Revel et son atelier Roc-Maria dont le fils est toujours à Eze et dans le même lieu.

Atelier du peintre Revel - Photo "Plaisir de France" - Septembre 1954
Au coeur des Indes, plus exactement à Bombay, un couple britannique, Edward et Sonia Suren, parcoure ce magazine. Convaincus par les écrits fort joliment tournés de leur auteur ainsi que par les photographies, ils décident de s'installer à Eze.
Toute communauté, où qu'elle se trouve, n'est pas un simple lieu mais la somme des valeurs ajoutées qui la composent : soit les hommes et les femmes qui la peuplent. Les tenants de la "communication" devraient s'en pénétrer bien davantage que ce n'est le cas aujourd'hui
Ce thème m'est cher et rien, ni personne ne m'a encore aujourd'hui convaincu que la plus belle des coquilles, fut-elle d'or, est plus belle vide que pleine.
Cet article le prouve et le bilan d'Eze, près de soixante ans plus tard, de même.
Au fait, nulle amertume dans ce constat. Seul un examen attentif des faits.
Les statistiques manquent de souffle et le nombre croissant de visiteurs à Eze ne me convainc guère. Que ne publie-t-on les statistiques démographiques du XXe siècle qui montreraient de façon navrante un dépeuplement lui aussi croissant du "piton" d'Eze qui constitue le coeur de la commune. Nous le ferons...