Les Trésors d'Eze

Publié le par Xavier Cottier

                               TRESOR 1

 

La Crucifixion - Attribuée à Bréa (1450-1523) -

 

    Quinzième siècle. Celui de toutes les découvertes et, peut-être, l'apogée de l'art occidental tant il est à la croisée des chemins qui conduiront, via la Renaissance, à l'appauvrissement contemporain de toute inspiration, pour ne pas dire respiration.

 

     Nous l'avons dit ici. La communauté d'Eze est alors importante. A l'instar de toutes celles du Comté qui n'est plus provençal depuis un peu moins d'un siècle, elle doit posséder son retable.

 

        Lous Bréa appartient comme beaucoup de peintres Niçois à une lignée d'artistes (à l’instar des Van Loo) qui assureront l'exécution de commandes principalement religieuses pendant près d'un siècle. Famille notable? Bourgeois oisifs? Nullement! Les Bréa, Louis et Antoine, sont fils de tonnelier. N'est-il pas vrai que le père terrestre de Celui qui sera leur sujet de prédilection - Jésus Lui-même - était charpentier?

 

        Ce premier trésor de notre série de quatre fut prudemment intitulé "Ecole de Bréa" par l'Abbé Bonifassi en 1958 lors de l'édition de son intéressante brochure. Il est vrai que la taille de cette partie de retable, sa facture, éloignée en sa finesse des oeuvres précédentes ou postérieures des deux frères, laissent penser à une oeuvre d'élève. Qu'importe! Le "trésor" n'est pas toujours à rechercher dans les inventaires de musée. 

 

        


TRESOR 2

Vierge dite "Isiae", XIVe siècle

 

    Hormis la beauté intrinsèque de cette pièce et l'antiquité de sa confection : le XIVe siècle, cette oeuvre constitue réellement un trésor de connaissances sur la nature des habitants d'Eze.

 

     Tout d'abord, elle sourit. Point de déploration et de douleur - celles-ci viendront assez tôt - mais la joie simple de la mère, Bonne Mère.

     

      Alors que le village d'Eze est encore entouré de forêts, l'Enfant tient en ses mains une pomme de pin, symbole d'humilité, si ce n'est de pauvreté et de la "Virgo Sylvarum", la Vierge des forêts.

 

        Il est difficile d'imaginer ce pic nimbé du noir profond d'une forêt de chênes, de caroubiers et de taches claires et bleues de l'olivier, faisant se détacher les blocs compacts et solidaires des maisons d'Eze. De même, ces nombreux enfants peuplant les rues étroites et jouant avec les pommes de pins de la "Fracha".

 

        Le catholicisme, appelons-le du Sud - et pourquoi pas Niçois - est différent de l'Ordre Romain. Le dogme est réduit à la portion congrue et c'est bien car il consiste à croire. Il est, de même, imagé mais sans bêtifier. Au demeurant, les Ezasques savent lire pour la plupart et ils n'ignorent pas, sans s'en soucier vraiment, que le pin n'est pas forcément l'arbre de Bethléem. L'essentiel est que leurs yeux se portent sur ce qui élève l'âme.

 

 

   


TRESOR 3

"Christ Souriant"-Ecole espagnole - XIIIe siècle

 

   

 

        Le premier symbole du Christianisme fut le poisson. Imaginons sa richesse évocatrice s'il eut été conservé par les pères de l'Eglise et singulièrement sur nos côtes qui vécurent de la pêche pendant des millénaires.

 

       Le choix de la croix marqua délibérément un tournant de la pensée chrétienne et ne fut pas sans conséquence sur toute la suite de son évolution. Pourtant, ici à Eze, ce signe macabre fut traité d'une façon différente.

 

       Ce crucifix est certainement l'une des pièces les plus étonnantes qu'il soit donné de contempler. D'abord sa patine qui fait passer son bois sombre pour du bronze. Puis ce réalisme étonnant du crâne contrastant avec la mise en scène du tout. Enfin et non moins important, l'association des trois indissociables : le Christ, la Mort, la Connaissance.

 

        Le Christ est souriant; hilare devrais-je dire. En nos temps de pudeur feinte, une telle audace serait jugée blasphématoire! Mais, grâce à Dieu, l'oeuvre à huit siècles!

 

          La mort représentée par un crâne et deux tibias serait conventionnelle si ce n'était cette main qui, tenant fermement ce spectre effrayant, semble le tirer vers le néant d'où il n'aurait jamais dû sortir.

 

          Enfin, la Connaissance, le Livre. Elle est commune aux deux tiers de l'humanité et, se voulant universelle, tend à s'étendre sans limites et se veut rassurante par la bouche du Mourant qui sur le bois de justice lance un définitif :

 

"Comme tu es, j'étais - et comme je suis tu seras".

       


 TRESOR 4


"Ciborium" - XVIe siècle

 

    Il est une anecdote peu connue quant à ces objets et quelques autres qui ornent notre Chapelle des Pénitents et de la Sainte Croix. Ils furent trouvés en cette milieu du XXe siècle alors qu'était entreprise la restauration du lieu de culte. Un mur semblant de refend fut sondé qui, une fois ouvert, révéla une cache importante dissimulant notamment ce tabernacle portatif en acajou décoré d'un évêque demeuré anonyme.

 

     Son intérêt réside surtout dans l'emblème du pélican nourrissant ses enfants en bois doré. Il se retrouve dans plusieurs confréries et figure également dans certaines loges maçonniques de rite écossais.

 

      De nombreux auteurs jusqu'à Buffon, ayant observé les petits du pélican pénétrant jusqu'à la gorge de leur auteur ont présumé que le volatile donnait ses propres entrailles à ses enfants . Ne pensait-on pas, alors, que la salamandre ne pouvait brûler ?

 

      Cet oiseau étrange peut alors représenter Dieu lui-même qui donna son Fils à l'humanité, suivant en cela Abraham prêt à faire le sacrifice d'Isaac. Les pénitents et pénitentes du Gonfalon d'Eze ne pouvaient donc que s'assimiler à cette noble imagerie alors qu'eux-mêmes se privaient de tout repos pour celui des  corps et des âmes de leurs frères et de leurs soeurs. 

 

     Le bestiaire chrétien occidental n'a rien à envier à celui africain, chinois ou d'outre toutes mers. L'agneau, le poisson, le pélican, le boeuf, l'âne, et j'en oublie.   

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