A Votre Eze...

Publié le par Xavier Cottier



Puis, bientot, "ils" fermèrent les uns après les autres. L'épicerie du village, après cent ans ou presque, fermée; d'autres ouvertes puis fermées à leur tour. Restaurants, petits ou grands, "A Votre Eze, Chez Justin", fermé; la "Taverne" fermée, puis une autre ouverte; L'"Olivetto", fermé; Marseille de Crédit, fermée, Société Générale, fermée! Les banques, même les banques... Et pourtant... Dieu sait que l'argent les aime!

L'Eglise paroissiale annonce - le goupillon parle par le sabre- que les Messes ne seront plus dites à Eze; après avoir fermé la Chapelle des Pénitents.

Portes de résidents, d'habitants, en un mot d'indigènes, fermées les unes après les autres. Et l'on se réunit pour savoir comment l'on va pouvoir être agréable aux commerçants, leur trouver un parking, lesquels le soir partent plus vite qu'ils ne sont arrivés après s'être lancé un "Bon courage" que nous méritons bien plus qu'eux, car nous, nous restons!

Maisons vendues puis laissées vides : rue de l'Eglise, rue des Agaves, etc....

Plages closes, petits établissements laissés en jachère, chemins ignorés et grevés de ronces; pays qui meurt et le sait car le Pays lui le sait qu'il meurt.

Hausser le ton avant de mourir comme le Général Cambronne qui nous fut conté par Victor Hugo qui est d'autant plus grand que rien n'a pu le faire taire.

La cloche d'Eze sonne toujours car c'est un robot qui l'anime et là est le danger. Illusion de vie au coeur d'un tombeau.

Trop de justice ou d'injustice alors qu'en ce mois de mars 1959, "pour avoir construit à Eze un chalet préfabriqué démontable, sans avoir obtenu l'autorisation requise du ministère de la construction, MM. M. B. 50 ans, débitant de boissons à T. (Gard) et P. N. 49, ont été condamnés chacun à 350 francs d'amende".... Que notre France d'aujourd'hui appliquât ses lois de la même rigueur et voilà que le Nid d'Aigle d'Eze, l'aire, se trouverait plus sûrement décimé qu'aux temps de Rome; car, Cher Lecteur, tout ce qui précède est le fruit d'une grand incurie, d'une grande injustice.

Un peu plus tard, soi le 30 mars 1964, ma mère pouvait écrire "Le village baigne dans le silence et la pluie qui tombe".... sachant qu'un jour, effectivement, tout allait fermer, que les condamnations seraient d'un autre ordre pour en finir avec le vrai, le beau, l'essentiel. Nous n'avons même plus le droit au silence; quant à la pluie, il faut la canaliser puis la perdre...

Visiteurs, vous qui passez, passez! Il n'y a plus rien à faire d'autre... mais si vous visitez le cimetière - ce que vous faites nombreux - pensez que chaque nom gravé à la pierre tombale des uns et des autres conte davantage de vies qu'il n'en sourd aujourd'hui du béton tartiné à desseins sur les lettres capitales de ceux qui firent Eze : les Ezasques.

C'est humblement en leur nom que nous parlons car leur sort est le nôtre. Quant à reconnaître l'arbre à ses fruits, l'amertume de nos desserts en dit long sur la cuisine des rustres, des cuistres et barbares de tous styles.

Ces quelques lignes pour clamer haut et fort, tout simplement, que s'ils ont fermé bien des choses, ils ne nous empêcheront nullement et jusqu'au bout de clamer notre certitude d'avoir connu la douceur de vivre, passée et l'enfer contemporain qui, quand bien même arrosé de lumières d'autant plus vives qu'elles sont artificielles, nous rappelle que Dante a connu nos paysages.

Aimer Eze consiste à demeure au chevet du mourant. Cette démarche fut la mienne pour ceux que j'aimais et continue à aimer. Les absents n'ont pas toujours tort, certes mais ils mourront aussi ... mais seuls....


"La conviction est la volonté humaine arrivée à sa plus grande puissance."
Honoré de Balzac







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