Papa Asso

Bibliothèque Société Muséale Albert Figuiera
Il édite à comptes d'auteur un petit ouvrage à couverture verte portant en dernière page la mention de l'imprimerie du Progrès, 15 rue Scaliero à Nice et en page de couverture : "Les Poésies du Terroir" par le Papa André Asso. Le Papa Asso, voilà son surnom.
Parmi les dédicaces d'ouvrages qui se trouvent dans ma bibliothèque, celle-ci est certainement la plus touchante.
En exergue, comme pour se justifier de se mettre ainsi en avant (n'oublions pas que les Ezasques étaient modestes), un magnifique :
"Ce petit livre a été imprimé, non pas pour réaliser des bénéfices, mais pour que mes poésies ne s'oublient pas." signé A.A.
Papa Asso écrit en français et en Niçois et si sa poésie n'est certes pas du Rancher, il est indéniable qu'il a du talent.
D'ailleurs, certains de ses poèmes seront publiés par "La Ratapignata" dans les années 1930.
En 1931, il écrit sept strophes d'un monologue sur la "La Vie du Cantonnier" dont la dernière est la plus belle :
"Et tant qu'il pourra se traîner,
On le verra toujours sur la route ou dans le fossé
Mais il travaillera encore avec ardeur
Parce qu'il a toujours été un bon serviteur."
Signé Asso André
Le poète est l'homme des chemins. Celui qui voit ce que les autres ne peuvent déceler. Le cantonnier est l'homme des chemins; celui qui voit ce que les autres...
Que dire, alors, du cantonnier poète?
Peu de choses et, finalement, décider de publier son petit carnet vert
Ils sont peu les Ezasques qui ne le reçurent, avec sa dédicace sobre.
André Asso. Son nom de famille sonne, déjà, comme l'histoire d'Eze, solide et immémoriale, ramassée aux premiers temps que, d'ailleurs, il brossera à grands traits.
Son surnom : "Papa", nous montre la sortie de l'école où les bambins s'exclament en le voyant et lui de répondre par quelques blagues mille fois répétées.
Aujourd'hui où certains honneurs se refusent dans l'expectation d'autres bien plus grands, les hommes d'Eze et d'alors non seulement revendiquent celui de servir mais ils donnent à leurs charges plus de grâce qu'elles n'en eurent partout ailleurs.
Point, ici, de tâches subalternes. Prince ou roturier, personne ne montera les pénibles marches pour vous. Prince ou roturier, un salut non rendu vous vaudra la même dose d'ostracisme provisoire qui se résoudra, le jour venu, au fond d'un verre de vin rosé. Au demeurant, le Prince sera encore plus prévenant que le roturier, car il a d'autant plus besoin qui du jardinier, du valet de chambre, de la repasseuse ou de la cuisinière. Pour servir il faut, grande ou petite, une cause.
Des Asso, il tient ce sourire qui laisse penser qu'il est toujours heureux. Il le clame et pour mieux être entendu ce sont des vers qu'il utilise. Sa langue est celle de la rue et des marchés qui parlent le niçois et le français.
Des "congés payés" à "Notre Dame de la route", ses sujets d'inspiration auraient dû être illustrés par Robert Doineau ou Brassaï qui, d'ailleurs, portraitura plusieurs sites d'Eze. Mais nul besoin de grands photographes pour revoir ce quotidien des interminables journées d'été ponctuées de fêtes, celles du Carnaval par exemple où tout Ezasque doit se rendre, puis de se réunir pour évoquer la jeunesse, la "giouventura", avant d'aller au marché du Paillon pour pastrouiller avec la "Madaloun".
Mais sa poésie n'est pas que bucolique. Ainsi dans "La vie du cantonnier", s'adresse-t-il à "Messieurs les Parlementaires" pour les admonester élégamment ou, au contraire, manifester sa reconnaissance à M. le Préfet De Joly ou à "... notre regretté Conseiller Général Dominique Durandy". Finesse malicieuse du fonctionnaire versificateur qui flatte les locaux et apostrophe les parisiens!