David, à nouveau...

Publié le par Xavier Cottier

En cette année 1869, Léon Watripon édite son « Nice-Guide » ou le «  nouveau cicerone des étrangers »  


Il ne manque pas de consacrer plusieurs pages à Eze et à ce titre ses « observations » sont uniques :


« Eze, ce village olympien que l'on a dévoré des yeux de l'autre côté de Nice, tant il semble respirer la poésie, les mystères, les temps des dieux et de la fable ! Eza ou Eze ressemble à un village bâti sur la pointe d'une aiguille. L'Eglise possédait deux tableaux de David : ils représentaient une descente de croix et un Saint Jean, mais ils étaient peints, dit-on , à la colle, ce qui fait que le bedeau les détruisit peu à peu en les époussetant avec son balai. Il est problable que ce petit conte a été inventé par un faiseur de guide aux abois » - Notons que notre auteur ne se sent nullement concerné par ce qualificatif péjoratif !


Puis de continuer :


« Comment admettre qu'un grand artiste soit assez crétin pour payer une hospitalité reçue pendant une nuit d'orage chez le curé d'Eza, par deux toiles à la colle, mais on reprocherait, en outre, à un anglais d'avoir mutilé un des tableaux en coupant la tête de Saint Jean » - Là encore M. Watripon ne semble pas distinguer l'ironie de son assertion !


Enfin, son guide nous présente le village d'Eze :


«Eze (223 mèt. au-dessus du niveau de la mer) tire son nom étymologique d'Isia, temple d'isis et des villages bâtis par les Phocéens. Antonin l'appela plus tard Avisium ou Visa (observatoire maritime). Sous César on y éleva des fortifications. Voir une inscription romaine qui se trouve sur un banc de pierre à la porte de l'église. ...Dans les fouilles faites sur l'emplacement du temple d'Iris (sic), in a trouvé deux plateaux en argent, aujourd'hui possédés par M. Fighiera (re sic, il s'agit de César-Marie FIGUIERA), avoué à Nice. »


Voici donc un exemple réunissant la quintessence de l'histoire approximative locale qui ne serait mensongère que si son auteur avait eu la volonté de passer pour un scientifique ! Néanmoins, ses observations sur les toiles de David sont intéressantes et nous ramènent à ce qui fut déjà écrit sur le sujet au sein de ces pages. Un anglais décolle Saint Jean Baptiste que le bedeau d'Eze aurait préalablement effacé de son plumeau.


Cette année commence donc avec un bel aperçu de ce qu'a pu être l'histoire d'Eze depuis bien longtemps : un joyau juché sur un monceau d'ordures.


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