Un banquet républicain
La Troisième République frappe par son apparente bonhomie. Les hommes qui la représentèrent eurent tous, ou presque, les marques de la France profonde, du terroir et des convictions vigneronnes ou chasseresses.Certes, elle fut également frappée de scandales et de Stavisky à Wilson elle révéla cette constance du pouvoir : le verbe est haut mais la chair est faible.
Néanmoins, notre homme pourrait être le parfait représentant de cette époque. Il s'agit de Gaston Doumergue. Sa carrière est brillante et passa par le cursus obligé qui menait de la province à Paris. Il est magistrat puis, tour à tour député, sera sénateur, Président du Conseil et enfin Président de la République en 1924.
C'est un radical. Radical-socialiste s'entend.
Ce parti par trop noirci ou trop comblé d'éloges qui, peu ou prou, gouverna la France à tous ses échelons par l'entremise de corps constitués ou intermédiaires. Il compte sur de bons ambassadeurs qui, en général, devront être des tribuns. D'une part les mots, d'autre part, la deuxième jambe de la République d'alors : le banquet.
Né sur les ruines de la Monarchie de Juillet, le Banquet Républicain correspond à un folklore désuet mais charmant. Monarchistes et anarchistes ont en commun d'être frugaux et ténébreux. Le socialiste français aime, lui, les ripailles, les tableaux de chasse et les solides repas arrosés de vin du Sud.
C'est dans cet esprit que gouverne le Président Doumergue. Il est respecté, ce qui n'empêche les français de l'appeler "Gastounet". Cela lui va et ne fâche personne.
En cette année 1931, Gaston Doumergue fait la tournée des popotes et se rend en Tunisie. Sur son chemin outremer, il s'arrête à Nice. Nous sommes le 9 avril.
Quelques semaines auparavant, Albert Figuiera, lui-même magistrat, plus précisément juge d'instruction dans la juridiction de Nice, reçoit le carton que voici :
Il fut, dit-on, flatté de son numéro de table : la "I", non loin du Chef de l'Etat. Son père avait, avant lui, assisté au banquet républicain des banquets républicains : le Banquet des Maires de 1900.

Cette fois les ripailles seront plus mesurées. L'endroit est trop élégant. Il s'agit du tout nouveau "Palais de la Méditerranée", luxueux immeuble nautique, lumineux et doré rendant obsolète le bientôt regretté "Casino de la Jetée".