Jules Monod et le Pont du Diable

Publié le par Xavier Cottier

 

En 1902, Jules Monod publie un ouvrage complet, pour ne pas dire exhaustif, consacré : "Aux pays d'azur, Nice, Monaco et Menton : descriptions, histoire, moeurs, légendes, excursions et promenades, flore et faune, itinéraires, renseignements généraux : guide complet du touriste, littéraire, historique et illustré".


Le chapitre consacré à Eze nous rappelle que l'église a possédé deux tableaux de David en indiquant qu'il s'agissait d'une "Descente de la Croix" et d'un "St-Jean" mais, cette fois, la thèse est celle de leur perte matérielle pour défaut d'entretien, ainsi que nous avons déjà pu le mentionner.


Puis, plus nouveau, l'auteur se fait l'écho d'un épisode légendaire datant, vraisemblablement, de la période Angevine à laquelle, il est vrai, il était fait référence dans les textes à la "maison de la fiancée du Diable...".


Je vous soumets donc son récit, sachant qu'il ne fut jamais considéré par les Ezasques comme reposant sur un "fait" mais, de nature légendaire, fut-il davantage répercuté par les communes voisines qui ont toujours perçu quelques mystères à Eze et ont donc tenté de l'expliquer de cette façon que d'aucuns jugeront irrationnelle.


LE PONT DU DIABLE

 

"Les paysans murmuraient d'avoir à faire le long détour accidenté qui menait du village à l'église, située à cette époque, de l'autre côté du ravin; Satan, toujours à l'affût, leur offrit de bâtir une gigantesque passerelle, à condition qu'on lui donnerait la première âme vivante qui la traverserait. La passerelle fut bâtie en une nuit, pendant que la tempête rugissait dans la montagne. Le matin, la foule des paysans arrive; le diable attendait, assis sur le tablier du pont. Un paysan, malin, fit rouler sur le plancher une meule de fromage, après laquelle courut son chien.

Satan dut se contenter du malheureux quadrupède, qu'il happa en hurlant de rage, et disparut au milieu du plancher par un trou, d'où monta un tourbillon de fumée et de flammes. Les paysans se réjouirent fort du stratagème, mais personne ne parvint jamais à franchir l'ouverture béante et rien ne put boucher la brèche infernale. Force dut de démolir le pont et il en coûta plus de temps qu'on en aurait mis à le construire avec des maçons, dont les mains n'auraient pas senti le souffre."


En un mot, nous apprend cette fable, il est donc bien vrai que "Qui veut faire l'ange, fait la bête" et comme le veut le proverbe écossais :



He had need have a long spoon, That sups kail with the de'el

Qui mange à la gamelle du diable, A besoin d'une longue cuillère

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