Le Service Militaire...
On n'évoque jamais assez souvent le Rattachement à la France car, d'une part, le sujet n'est pas aussi traité qu'il le conviendrait et, d'autre part, il constitue une date essentielle du Comté de Nice.
Il recèle un aspect humain qui n'est pas négligeable. Tous, en un temps limité, ont dû s'acclimater aux rites du nouveau "maître"
D'abord la langue. Seule la "bonne société" connaissait le français et il a donc fallu, toutes classes confondues, que chacun au pire l'apprenne, au mieux tente de lutter contre l'inévitable mais si bel accent "italien".
Ensuite, le droit. Toutes les relations quotidiennes qui, de façon directe ou indirecte, comportent toutes un élément juridique, ont dû être acquise et mises en pratiques.
Enfin, une institution particulière qui n'existait pas dans le Comté et constituait le fondement du grand voisin : le service militaire.
Le premier membre de la famille qui ait eu à subir cette initiation fut Albert Figuiera. Né seulement deux années après le Rattachement, il est finalement le premier à être né français.

Symboliquement, cette difficulté d'alors est résumée par un petit carnet qui comporte les notes d'étudiant du jeune Albert puis, six années plus tard, quelques aspects de son service militaire.
Pour la première partie, elle s'achève en 1879 avec son baccalauréat (mieux dit : les Humanités) alors qu' il est âgé de 17 ans. Il y a inscrit des notes grammaticales, les styles du langage, le langage des fleurs, les dates historiques de la France, la généalogie de l'Empereur Auguste et des principes de rhétorique visiblement empruntés aux "Figures du Discours" de Fontanier.
Quant à son service militaire, il le fait à Grange, dans le Vaucluse (généreuse Troisième République qui n'éloigne pas ses enfants de leurs familles), à Grange. Il est au 15e Escadron du Train, 1ère Compagnie, 1er Peloton.
Le fils du Maire d'Eze n'est pas pistonné. Il est simple brigadier et gardera ce statut peu protecteur deux années, de 1885 à 1887 avec ses autres camarades aux noms bien locaux : Righetti, Bès, Mistre.

Le jeune Figuiera a un bon coup de plume et se dessine-t-il, avec ce commentaire "Tient à épater la cousine". Licence artistique : il se représente en costume d'officier.
Il semble en avoir gardé un bon souvenir et finalement il est vrai que les seuls à avoir critiqué le service militaire et, de guerre lasse, obtenu sa suppression sont ceux, précisément, qui ne l'ont pas ou peu fait.