Le Cri de Berlioz...

Publié le par Xavier Cottier


Il est le plus français de nos musiciens. La "furia" l'a atteint dès sa naissance et seule la musique ou la guerre aurait pu lui donner l'occasion d'en faire montre. La première vint naturellement à lui et il vint naturellement à elle. Hector Berl sera Berlioz ou bien rien.

    Nous sommes en 1831. Ses amours passionnées nuisent à ses études de médecine. Tant mieux pour nous! Quatre ans plus tôt, il avait rencontré à Paris a "ravissante sylphide", Camille Moke au nom prédestiné.

    Les grâces cachent souvent des malédictions et ce fut aussi vrai pour Hector qui, devenu Prix de Rome, s'est vu obligé de quitter la capitale. S'il n'était pas parti, nul doute qu'il ne serait pas devenu Berlioz. Nous savons l'influence déterminante de l'Italie sur son oeuvre. S'il était resté, sans doute l'eût-il épousée mais serait-elle longtemps restée avec un médecin cette petite pianiste trop belle? Nous ne le saurons jamais. Ce que nous savons en revanche, nous le tenons du Berlioz vieillissant qui écrit ses mémoires et relate sans fard ce qui se déroula en ses heures de souffrance.

    Venu chercher un paquet de lettres à la poste alors qu'il est de passage à Florence, il apprend par la mère de son aimée qu'elle ne l'épousera point et qu'elle en aime un autre. Ironie du sort : il s'agit de M. P. en fait M. Pleyel, facteur de pianos. Et l'on croirait un récit de Stendhal. Tout y est : l'Italie, la brune beauté, la tromperie et les "coïncidences"...

    Un autre que Berlioz se serait retiré dans sa chambre et aurait pleuré deux jours. Plutôt décide-t-il de tuer sa belle, sa mère et son fiancé. Berlioz tirant sur les deux femmes eût été vaudevillesque mais Berlioz tuant Pleyel!

    Sur le chemin - qui lui prendra malgré tout trois mois - il s'inquiète de sa mise, nous dit-il et fait quelques rencontres. Mais c'est en arrivant à Nice, sur le chemin de la Corniche, qu'il éprouva les effets du poison qui le consommait :

"Cependant, malgré ma rage condensée, je me disais parfois en cheminant : « Oui, cela sera un moment bien agréable! Mais la nécessité de me tuer ensuite, est assez... fâcheuse. Dire adieu ainsi au monde, à l'art; ne laisser d'autre réputation que celle d'un brutal qui ne savait pas vivre; n'avoir pas terminé ma première symphonie; avoir en tête d'autres partitions... plus grandes...Et revenant à mon idée sanglante: « Non, non, non, non, non, il faut qu'ils meurent tous, il le faut et cela sera! cela sera!... Et les chevaux trottaient, m'emportant vers la France. La nuit vint, nous suivions la route de la Corniche, taillée dans le rocher à plus de cent toises au dessus de la mer, qui baigne en cet endroit le pied des Alpes. L'amour de la vie et l'amour de l'art, depuis une heure, me répétaient secrètement mille douces promesses, et je les laissais dire;je trouvais même un certain charme à les écouter, quand, tout d'un coup, le postillon ayant arrêté ses chevaux pour mettre le sabot aux roues de la voiture, cet instant de silence me permit d'entendre les sourds râlements de la mer, qui brisait furieuse au fond du précipice. Ce bruit éveilla un écho terrible et fit éclater dans ma poitrine une nouvelle tempête, plus effrayante que toutes celles qui l'avaient précédée. le râlai comme la mer, et, m'appuyant de mes deux mains sur la banquette où j'étais assis, je fis un mouvement convulsif comme pour m'élancer en avant, en poussant un Ha! si rauque, si sauvage, que le malheureux conducteur, bondissant de côté, crut décidément avoir pour compagnon de, voyage quelque diable contraint de porter un morceau de la vraie croix."

     Il passera le reste des quelques semaines qu'il restera à Nice à regarder les paysages de Villefranche ce qui lui vaudra une expulsion, la police Sarde ayant suspecté en lui un espion anglais après qu'interrogé; il eût fait mention du Roi Lear.  "Le Roi Lear". Qui n'aimerait entendre l'écho du vallon répercutant le "Ha!" du Maestro?

      


Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article