Le Temps est un Artiste... Quid de nos "maîtres"...

Publié le par Xavier Cottier


Le temps est un artiste. Il a peint les maisons d'Eze à ses couleurs. Les couleurs d'Eze? Elles existent.

Passées, fanées comme pots-pourris parfumés, ce sont les tons "italiens" qui dominent.

Roses, verts antiques, bleus flirtant avec d'indéfinissables pourpres.

L'alcôve est de rigueur pour le lit car les nuits sont froides en hiver et elle protège des étés torrides.

La baignoire d'angle, multi séculaire, devenue décorative constitue une curiosité. Carreaux de faïence irrépétibles à qui l'eau a donné des scènes d'azulejos mais dans des tons de verts et ocres.

La question demeure toujours posée. La protection du patrimoine, selon moi - et je répète ici l'un de mes sujets favoris- passe par les "intérieurs".

La problématique est, au demeurant, assez simple. Un lieu, aussi antique qu'Eze (il y en a bien d'autres dans notre région), se doit d'être "fixé" à l'époque qui lui a donné le meilleur.

Le parti pris "provençal" de ces dernières années (lanternes, plaques de rues, sols égaux et autres pagnolades) ne me convainc nullement car il conviendrait alors d'imposer l'Eze d'avant 1388.

Celui des cinquante dernières années avait trouvé le ton juste. Savant mélange d'un Moyen-Age éclairé et d'un 17e siècle à l'instar de nos voisins - et cousins - de Dolce Acqua ou Apricale. Ces deux localités n'ont pas varié, ce qui n'est pas le cas d'Eze.

Les nouveaux "bâtisseurs" sont plutôt des baleiniers et c'est l'impression que j'ai eue récemment, voyant une maison voisine et aussi ancestrale que la nôtre, vidée de ses pierres fondatrices pour les remplacer par l'ignoble "placoplâtre".Et voilà qu'André Malraux nous manque plus que jamais.

Ils sont peu à pleurer sur ces reliquats. Cela ne veut nullement dire que la minorité qui regrette ce gâchis du patrimoine a tort.

"Un jour que je passais à Ferney, je voulus visiter la maison de Voltaire. On me refusa grossièrement cette autorisation.

Celui qui interdit qu'on salue Voltaire, c'est le même qui a jeté bas la maison de Balzac.

J'ai visité la maison de Goethe à Weimar.

J'ai vu honorer la moindre chambre où coucha Garibaldi".

Maurice Barrès "Mes Cahiers" - 1897 -Plon-

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