Le Guide de Nietzsche...
Collection Société Muséale Albert Figuiera
Le Reisebücher de Griebens aurait pu être celui que Nietzsche avait en poche lorsqu'il parcourut nos sentiers en quête de sublime. Il est édité à Berlin et fait autorité.
Son titre : "Die Riviera von Livorno bis Marseille". Ambitieux considérant la petite taille de l'ouvrage. Il n'a pas échappé à votre serviteur qui passa un an en Allemagne pour y effectuer son service militaire que notre voisin a le sen des raccourcis.
Le village d'Eza, qui figure sur la carte ci-dessous, n'est pas vraiment abordé en détail car l'auteur du guide entend donner les bonnes adresses au voyageur d'outre-Rhin. Or, ici, peu d'hôtels et rien qui corresponde vraiment aux normes germaniques. Je remarque d'ailleurs que parmi les grands voyageurs allemands du temps - et ils furent nombreux - seul Nietzsche, à ma connaissance, fit une telle allusion à notre communauté.
Nous savons aujourd'hui que l'auteur du "Gai Savoir", alors qu'il se trouvait surpris par l'orage, ici si rapide mais si fort, d'autant plus violent qu'il ne prévient pas comme la morsure des chiens de montagne, s'abritait dans une petite cave de la Rue de la Paix. Il se privait ainsi volontairement des douceurs de Nice.
Voyons ce que nous dit le guide. D'abord les grands hôtels de ces années 1880. L'Albion du boulevard Dubouchage, au numéro 26. Le Beau Séjour d la rue Pastorelli au numéro 30. La Pension des Palmiers du Boulevard Victor Hugo ou le Splendid, non loin du précédent.
Le philosophe aurait pu se pouvoir en "drogues" utiles à la pharmacie anglaise du Quai Masséna, Farau du Quai Saint Jean-Baptiste, au 16 ou à l'officine au nom amusant de "Normale" de l'Avenue de la Gare.
Nombre de bains, donc la plupart dits "turcs" mais aussi une banque, en l'occurrence le Crédit Lyonnais, toujours Avenue de la Gare, puis les lieux pouvant lui rappeler les Gasthaus de Prusse (qu'il devait exécrer) : la Taverne Gothique, avenue de la Gare, le Steinhof, ebenda 27 et la Taverne Russe de la Place Masséna.
Certes, Nietzsche n'aimait pas le luxe. Mais de là à se perdre aux hauteurs d'Eza! Ce guide ne répond pas à cette interrogation. Il la rend même encore plus insondable. Plus simplement, n'est-il pas plus simple de considérer qu'après tout il n'avait pas besoin de guide puisqu'il se voulait en être un lui-même?