La "Maison" du Poète Lauréat...

Il est une partie d'Eze qui, éloignée du centre historique, nous plonge dans l'univers héroïque du Poète Lauréat d'Angleterre le plus épique après Lord Byron : le château de l'Aiguetta bâti par le neveu de Lord Alfred Tennyson.
De style écossais à l'intérieur comme à l'extérieur, il fut au fil du temps, la victime de pillards de tous genres qui dérobèrent cheminées, sols et éléments de décoration.
En 1993, un projet international voulut y fonder un centre de gastronomie. Le lieu-dit où il est implanté : l'Aiguetta ou petite source, conféra son nom à un excellent quatuor de guitaristes classiques qui, d'ailleurs, donnèrent à leurs débuts des concerts à Eze, sur le parvis de l'église. Mais le site est aujourd'hui en construction, ce qui sous nos latitudes signifie "abandonné".
Nous savons que cette terre était la propriété d'Etienne Bermondi, juriste qui , de la fin du XIXe siècle au début du XXe, vendit au neveu de l'écrivain britannique quatorze hectares de terres cultivées sur lesquelles se trouvaient une maison, une remise et un four à pain.
Portrait du neveu de Sir Alfred Tennyson -
Collection Société Muséale Albert Figuiera
Le projet est étonnant. Son architecte se trouve être Marici dont les vues seront édifiées par l'entrepreneur Decanale.
L'inventaire général de 1999, rédigé en cette partie par M. Del Rosso, nous laisse cette intéressante description :
"Description La maison d' origine a un plan rectangulaire, un étage et un toit à deux pans et croupes. L' étage est desservi par un escalier à vis puis tournant, logé dans une tour. En 1901 un étage est ajouté puis l' édifice est progressivement agrandi: façade prolongée vers l' ouest par un portique couvert en terrasse, surmonté d' un corps de logis de deux étages flanqué d' une tourelle sur trompe couverte par un dôme, cantonné au sud d' une tour de trois étages couverte par une flèche, avec baies en arcs brises. Façades parées d' un assemblage de plaques en ciment moulé imitant la pierre de taille, couronnées de merlons. La maison agrandie dans le premier quart du 20ème siècle: six niveaux dont un étage de soubassement, deux tours rondes crénelées flanquées de tourelles avec toits coniques, tour carrée, guettes. L' entrée au rez-de-chaussée dans l' aile nord est précédée d' une terrasse et d'un porche qui ouvre sur un vestibule avec fausse voûte d' arêtes et sur le portique existant. Ce vestibule est axée sur un escalier tournant à retours avec jours qui s'élève jusqu'au troisième étage. Un escalier de service tournant situé dans la tour sud-est, dessert tous les étages. Le premier étage abrite trois salons (?) aveugles et une salle à manger dans la tour sud-ouest. Les pièces de réception aveugles, ornées de gypseries ouvrent à l'ouest sur une galerie éclairée par un oriel, et à l'est sur couloir rythmé d'arcs en accolades. Une disposition identique se retrouve au second étage. Le troisième ouvre sur deux terrasses dont une aménagée sur la tour sud-ouest."
Le propriétaire initial des lieux, excentrique bâtisseur, a laissé quelques anecdotes auprès de ceux qui, à Eze, avaient eu le privilège de visiter sa demeure. Nous les conterons plus tard. D'ores et déjà contentons-nous de la simple admiration de ce paysage d'outre-tombe qui n'est pas sans rappeler les poèmes les plus Celtes de Lord Alfred alors que cette Angleterre Victorienne est bercée par ses odes héroïques et les couleurs chaudes des tapisseries de William Morris.
Je le répète, la contemplation de la terre d'Eze garantit à tous ceux qui ont emporté la carte de l'invisible avec eux, un voyage fascinant qui peut leur assurer des années de flâneries intellectuelles. Ainsi, tout simplement, se poser la question de savoir pourquoi l'élégant rentier a posé ici ce château entame les prémisses d'un roman sans fin. Les constructions plus récentes d'Eze et dans le même quartier ne peuvent certainement pas nous offrir un tel voyage!