Le masque de Dionysos...

Publié le par Xavier Cottier


Tout en moustache.

Certes mort, mais un oeil reste ouvert.

Ayant porté les masques de Dionysos, les faces de Janus, voilà l'homme, enfin : Ecce Homo, le philosophe péripatéticien non pour complaire à Aristote mais simplement parce qu'il marche : Nietzsche.

Une petite fille apeurée voit rentrer l'ombre pataude dans la cave de la rue de la Paix. L'orage l'a surpris. Plus moyen de regagner la Gare d'Eze par le chemin vicinal ordinaire n° 5 et retrouver le médiocre petit hôtel niçois.

Lui qui a écrit "La meilleure cuisine est celle du Piémont." va devoir se contenter de peu.

Dixit :

" Cette partie décisive, qui porte le titre : Des vieilles et des nouvelles Tables, fut composée pendant une montée des plus pénibles de la gare au merveilleux village maure d'Eze, bâti au milieu des rochers." (Ecce Homo, traduction Henri Albert/Jean Lacoste, "Bouquins" Robert Laffont, 1993).

Il évoque "Ainsi parlait Zarathoustra" bien sûr. Point d'étonnement à cet égard pour quiconque aurait déjà affronté la déclivité devenue fameuse grâce à lui.

Au moment de clore définitivement son oeil gauche, l'autre vit-il, au long du long tunnel blanc qui précède la mort, les menhirs naturels qui encombrent l'étroite piste du chemin. Son vertige fut-il, de même, celui qui vous surprend alors qu'arrivé au "Moulin Oublié", lieu-dit de son disciple apocryphe René Boisguérin, vous retournant, vous contemplez un sombre vallon surplombant la mer?

Un détail. Le Moulin Oublié portait si bien son nom qu'aujourd'hui, fermé avec la tombe de René Boisguérin, il n'évoque plus les bucoliques amours des fiancés se promettant l'un à l'autre, mais bien plutôt l'oubli.

Le 24 juillet 1986, l'humble cabanon, coquille de noix sur un Styx de feu, disparaissait mais pas son pilote, sauvant avec sa vie une petite grive venue se loger dans sa main gauche.

Le temps de commander un autre abri pour ces vieux jours avec ses quelques économies qui n'avaient pas brûlées, puis de le voir ré assembler avec l'aide de l'armée de l'air de la base aérienne voisine, il passa quelques jours chez nous et nous parlâmes avant tout de Nietzsche et de son actualité.

Nous devons évoquerLouis Nucéra, habitué de la halte magique, d'Armand Lanoux et surtout André Malraux qui, Louis Nucéra le rappelle dans son article du "Monde" (1986), a pu obtenir en quarante-huit heures le baptème du chemin initiatique avec pour parrain le plus étrangement grec de tous les allemands qui garnissent nos bibliothèques : Friedrich Nietzsche.

Depuis 1900, où Nietzsche meurt, inaugurant ainsi le siècle de fer, rien ou à peu près n'a été fait pour rappeler ici celui qui, haï ou adulé, demeure avec Dostovievski, l'un des plus grands auteurs prophétiques de l'inquiétante modernité.

Votre serviteur a écrit il y a quelques années le thème d'un "Son et Lumière" qui avait pour narrateur notre ami Friedrich. Au faîte du château, il devait nous rappeler, tout en déambulant, que nous ne sommes que l'écume des grecs puis des romains, sous le regard figé du César de La Turbie.

Depuis, les choses ont changées. Exercice : relisons Nietzsche. Tentons de savoir où, ce soir, s'il eut été présent, Nietzsche et son collège de gais compagnons, se seraient rendus.

Réponse; elle se trouve sur son masque mortuaire : le clin d'oeil, bien évidemment!

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