Vivre à Eze...

Publié le par Xavier Cottier

Vivre  à Eze


Ou petit vade-mecum de l'habitant

    L'habitant d'Eze est chose rare, nous l'avons vu. Pour autant, il n'est pas éteint et beaucoup sont ceux qui nous envient.

            Sans doute, ont-ils déjà goûté cette si unique qualité de silence qui préside aux nuits d'Eze. L'on entend rien, l'on entend tout, un peu comme ce jeu d'enfant consistant à placer sur son oreille un coquillage donnant l'illusion d'un voyage sous-marin.

            De même, nul doute que chacun est curieux de faire l'expérience du goût suranné d'heures médiévales rythmées par les heures sonnées à l'église. Reconnaissons-le, il faut beaucoup d'imagination mais vraiment beaucoup pour retrouver ici et aujourd'hui ce que nous imaginons des premiers siècles historiques. Conclusion : notre village serait donc plus adapté aux gens imaginatifs. Intéressant!

            En outre, l'habitat y est d'un autre ordre. Il procure également des joies simples et enfantines. Ainsi, comment expliquer à quelqu'un qui n'est pas d'Eze qu'il suffit de monter un étage pour se retrouver au premier ou au second? Comment, de même, faire comprendre que l'on peut descendre dix degrés ou plus puis se retrouver en altitude ou au faite d'une terrasse? Conclusion : notre village serait donc plus adapté aux poètes. Fascinant!

            Vie quotidienne. Elle appelle les constatations triviales, mais qu'importe. Alors que le monde moderne a indiscutablement facilité les tâches domestiques, il convient toujours ici de s'y plier de la façon la plus ancestrale. Remonter les lourds fardeaux de nourriture et de boissons et, corollaire indispensable, en redescendre les déchets curieusement aussi pesants. Conclusion : notre village serait donc plus adapté aux personnes frugales mais fortes. Contradictoire!

            Dans la même veine, là ou d'aucuns peuvent sans autres frais qu'avoir à donner leur adresse afin d'y faire livrer pianos à queue, cuisinières ou coffres-forts, l'habitant d'Eze se voit opposer d'emblée un visage empreint de doute puis, immédiatement après, l'adresse d'un transporteur spécialisé dont la raison sociale est synonyme de "Mission Impossible". Parfois, la facture de l'envoi dépasse le prix de l'objet envoyé mais de toutes façons le choix est limité. Conclusion : notre village serait donc plus adapté aux personnes qui n'ont rien mais pourtant tout y est plus cher. Difficile!

            Mais tous ces obstacles ne sont pas dirimants. S'ils l'étaient, depuis bien longtemps notre communauté serait réduite à ce qu'elle sera sans doute un jour - le plus lointain possible j'espère -, un village de façade, consacré aux jeux et aux ris de ludions salariés qui, le soir venu, quittent le lieu qui n'est après tout que leur bureau.

            L'espoir - il y a toujours un espoir - réside dans le fait de plus en plus patent que les uns et les autres, d'ici comme d'ailleurs, voient dans le choix de leur mode de vie une  question tout aussi importante que celles environnementales ou politiques. Eze sera alors une option, comme d'autres villages du même ordre et retrouvera sa joie d'antan.

           "En notre temps, la seule querelle qui vaille est celle de l'homme. C'est l'homme qu'il s'agit de sauver, de faire vivre et de développer"

Charles de Gaulle

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