Quelques repères antiques...

Publié le par Xavier Cottier

 "Tu vois aussi ces deux forteresses, aux murs écroulés;

ce sont des vestiges rappelant d'antiques héros."

Virgile


 

Le Mont Bastide :








Photo Société Muséale Albert Figuiera

Nous sommes le 1er juillet de l’an 7 av. J.-C. Les travaux commencent. Le Trophée ne sera achevé que le 30 juin de l’année suivante, en l’an 6. Depuis, avec les avatars que nous savons, dominant Monaco et la voie qui conduit, notamment, à Eze, il ne cesse de nous rappeler que César Auguste, alors Empereur, lui-même fils du divin César, a soumis tous les peuples alpins de l’Adriatique jusqu’à la mer Tyrrhénienne.

Parmi eux, si proches et pourtant si éloignés, les occupants du Mont Bastide. De la pyramide, il a la forme. L'énergie aussi car, sans aucun doute, la plus vieille implantation humaine d'Eze puisque pouvant être datée du VIe avant Jésus-Christ et grouillante jusqu'au 1er siècle.

Site inscrit à l'inventaire des Monuments Historiques par un arrêté du 5 septembre 1996, le Mont Bastide, figure au cadastre de la Commune qui en est le propriétaire et le gardien, sous les numéros AT 73 à 77, 157, 162 à 165.

Il fut depuis longtemps visité et servit même de refuge (camp d'occasion des troupes de passage et notamment l'armée impériale au début du XIXe siècle). Ce site archéologique de première importance n'a pas, à proprement parler, d'inventeur mais il fut sondé dès 1865 et la première recherche sérieuse fut entreprise par le Commandant Octobon de 1947 à 1960.

C'est d'ailleurs lui que je citerai pour nous expliquer que "les castellaras se présentent d'une façon générale comme des abris fortifiés, imposés par les temps troublés qui les ont vu naître.... Ils complètent et remplacent les refuges naturels, cavernes, combes, zones désertiques devenues trop rares et moins sûres."

Mais, nul doute pour qui aura visité et comparé ce site à l'habitat du village d'Eze intra muros, que les appareils de murs, le système de pluvariums et de défenses qui furent si présents à Eze sont l'héritage empirique de ses ancêtres éloignés.

Le Mont Bastide n'est pas Cimiez et aussi n'a-t-il jamais joui de la protection étatique et municipale qui présida aux glorieuses ruines de Cemenelum. Cette incurie (le classement ne date-t-il pas seulement de 1996?) nous vaut aujourd'hui de le voir déparé de constructions d'ailleurs édifiées sur des gisements archéologiques de première importance.

Faute de pouvoir jouir d'une présentation didactique et raisonnée des lieux, nous vous conseillons la lecture de la publication du Commandant Octobon : "Castellaras et camps-enceintes celto-ligures des Alpes-Maritimes", publiée par l'I.P.A.A.M. avec le concours du CNRS. Mais également, l’importante et plus récente contribution de M. Le Professeur Pascal Arnaud que vous trouverez sur Internet :

http://www.futura-sciences.com/decouvrir/d/dossier161-2.php


Le "Trésor" d’Eze :



LA DECOUVERTE

Le seul "trésor" antique d’Eze est composée de pièces d’orfèvrerie votive grecque. Contrairement à ce qui a été indiqué dès 1892, les quatre objets en possession du British Museum n'ont pas été découverts à Roquemaure mais à Eze (cf. l'Archäologischer Anzeiger du Jahrbuch de Berlin, 1892, p. 176)

L'inventeur en est le fermier de César-Marie Figuiera, propriétaire de la "Fouont" et père d’Albert Figuiera. Il est alors maire d’Eze et fait relever des murs sur sa propriété.

Elles se trouvaient parmi des substructions antiques qui sont localisées à moins de deux cents mètres du village actuel et donc pratiquement à ses pieds.

Ainsi que l'indique fort justement Charles-Alexandres Fighiera dans son ouvrage "Eze", lesdits objets se retrouvent dans la collection du baron Seillière (Catalogue des objets d'art de haute curiosité de feu M. le baron Achille Seillière, 1890, p. 50, n° 285 et 286).

LA DESCRIPTION

Alors que mon arrière arrière grand-père, César-Marie Figuiera, était encore en possession des objets antiques, une description en fut faite par M. F. Brun (Annuaire des Alpes-Maritimes, 1870, 2e partie, p. 1 à 4 ou "Description des patères d'argent trouvées à Eze"). Ce document est essentiel puisqu'il nous apprend que l'on avait trouvé au même lieu, si ce n'est endroit, des vases ainsi que des ossements d'animaux. L'auteur de continuer sur l'idée selon laquelle ceci "... semblerait indiquer qu'ils étaient destinés aux sacrifices et qu'à l'emplacement même où ils ont été découverts devait s'élever un temple." Soit, nous sommes en 1870 et l'archéologie nationale avait tendance à voir des temples un peu partout; néanmoins la thèse est intéressante.

Les trois patères sont d'une facture inégale et toutes trois sont confectionnées à partir d'une mince feuille d'argent repoussé.

Chacun a déjà beaucoup évoqué les deux premières patères. La troisième, bien qu'en très mauvais état et présentée au British Museum sous la forme d'un moulage en résine, est extrêmement intéressante. Au-dessus de la frise, on peut distinguer une couronne de feuilles d'olivier divisée en quatre parties par des abeilles (deux toujours présentes) et sa facture diffère des deux autres découvertes.

L'auteur ayant fixé leur origine et date de fabrication se trouve être J-Adr. Blanchet qui fit une communication sur le sujet le 21 février 1894 par devant l'aéropage savant de la Société Nationale des Antiquaires de France (entendez les spécialistes de l'antiquité).

Ci-dessous, une photographie aimablement prêtée par le British Museum de Londres, figurant la plus belle d’entre elles et en meilleure conservation. Notre Comité Scientifique aura l’occasion de vous donner davantage de détails sur cet objet et, surtout, la plausible raison de sa présence sur notre terre.



















Source : British Museum
Exposée dans la salle 73 consacrée aux "Grecs en Italie"
Dimensions :
Diamètre : 20,60 cm
Poids : 393,60 gr.
Référence : GR1891 6-27 3 (silver 8)

L'original de cette photo aimablement prêtée par le British Museum à la Société Muséale Albert Figuiera est visible sur notre site officiel (voir liens)



La Tombe des Macrinus
:

 


















Elle trôna longtemps face à l'église, servant de banc aux passants fatigués ou aux enfants férus d'escalade. Albert Figuiera, alors maire d’Eze, sollicita son classement, lequel fut accordé le 5 décembre 1905. Ses dimensions, sans être considérables, sont importantes : h = 53,5 ; la = 96 ; pr = 30 dimensions totales. Inscription : h = 36, la = 77.

Le texte qui est y gravé :

"LULATTI US MACRINUS ET AEMILIA P F POSILLA SIBI ET L ULATTIO MACRO FILIO BURCIAE M F SECUNDAE AEMILIAE M E MARCELLAE VIVI FECERUNT, transcriptible par Lucius Ulattius Macrinus et Aemilia, Publii filia, Posilla, sibi et Lucius Ulattio Macro filio, Burciae Manii filiae Secundae, Aemiliae, Muci filiae, Marcellae, vivi fecerunt, traduisible par Lucius Ulattius Macrinus et Aemilia Posilla, fille de Publius, pour eux et pour Lucius Ulattius Macrus, leur fils, pour Burcia Secunda, fille de Manius, et pour Aemilia Marcella, fille de Mucius, de leur vivant, ont fait ce monument. " 

démontre sa nature de pierre tombale d'où, au fil du temps, s'échappèrent les cendres de l'enfant aimé. La tradition orale nous a toujours transmis la version d'un soldat de Rome tombé sous les coups d'un reliquat de tribus encore en rebellion. La chose est plausible et vraisemblable. Une mort naturelle ne suffirait à expliquer l'appellation solennelle de "monument" mais bientôt le caractère d'exemplarité de ce dernier, de dévotion au souvenir du disparu.

Nul doute que de tels témoignages peuplent encore nos campagnes. Le fils des Macrinus a trouvé en Eze, ou plutôt Avisio, une reconnaissance dont il n'aurait pas bénéficié à Rome. La ville oublie les morts.


 

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