Tenant lieu de théologie chez les simples...
Photo Société Muséale Albert Figuiera Copyrights 2008
Hormis le cas atypique d’Aménophis IV, pharaon d’Egypte, ayant été débouté par le politique en raison de ses réformes monothéistes, les siècles qui suivirent laissèrent le religieux légiférer sur Dieu et Dieu sur les législateurs.
La parenthèse révolutionnaire – celle qui s’emplace de 1789 à 1793 – déjoua ce mécanisme en se parant du divin pour décider du profane et ainsi mieux profaner le divin.
Enfin, nos latitudes qui, extrêmes au temps de Robespierre Aîné – son frère gouvernant, alors, nos destinées, ici en notre Comté de Nice – furent après tout très observatrices de l’ordre général en rendant à César ce qui lui appartient.
Pourtant depuis, disons, une vingtaine d’années, chaque mandature municipale profita de la fête patronale, notre 15 août, pour ajouter ou retrancher à cet ordonnancement tribal pourtant venu de France – il s’agissait du fameux « vœux de Louis XIII » -.
Déjà, disons-le tout net, une procession mariale sans l’Ave Maria est au catholicisme ce que serait le bouddhisme sans les mantras ; or ce vieux chant ressassé nous fut non pas épargné mais refusé. Au lieu de cela, le porte-voix, nous faisant regretter la voix forte de nos frères Orthodoxes, et un formalisme tout emprunté aux chemins de croix de Jérusalem, sortes d’exercice sportif où la première « Confession » arrivée est celle qui se voit le privilège de passer au plus près du sépulcre.
L’Assomption, est pourtant loin des rites noirs du Saint Vendredi car la Mère du Supplicié se vit épargner le passage aux Enfers qui, nous dit la Tradition, fut l’un des couloirs emprunté par le Sauveur. Cela, les Ezasques le savaient. D’où, sans nul doute, cette joie vraie qui étreignait chacun au lever de ce 15 août qui allait nous faire marcher sous et vers le soleil, portant avec ferveur ce bois sculpté prétendant représenter ni plus ni moins que la Mère de Dieu.
Mais il est vrai que si rares sont, parmi le peuple chrétien, ceux qui se souviennent du « tenant lieu de théologie chez les simples » du bon Maritain, qu’il est de bon ton, face au mystère, de s’arracher les vêtements et, le cas échéant, la barbe, au passage non pas de l’inexpliqué mais de l’inexplicable.
Sous les fenêtres de la Société Muséale Albert Figuiera, siège de la maison de Don Figuiera qui, au XVIIe siècle, fondait le pèlerinage de Laghet, son plus de dix fois neveu sachant qu’il n’allait pas sentir la ferveur passée, ne s’y rendit pas mais eut plus qu’une pensée pour tous ceux et celles, tous Ezasques, qui forgèrent, édifièrent, bâtirent, cette foi simple qui nous remue d’autant plus qu’elle appartient au passé et, nonobstant, conserve une présence ardente et vivante.
J’entends les critiques : « Qu’aurait-il donc fallu faire ? ». Bonne question et, au demeurant, elles le sont toutes. Et bien, comme toujours, se conformer à la nature des choses et, pourquoi pas, des êtres. Laisser libre cours à ce qui fut pour ce qui est, au nom d’un devenir sur lequel nous avons autant de prise que sur nos vies, c'est-à-dire aucune.
Sabres et goupillons ne firent jamais bon ménage. Ce qui est vrai ailleurs l’est aussi à Eze. Ne nous lassons pas de nos images d’antan, faisons tout pour, qu’un jour, elles reprennent vie et, alors et alors seulement, cette prise que nous évoquions sera reliée à ce qui compte : la Foi des anciens jours où « Vulgate » ne signifiait pas vulgaire alors que les Testaments, nouveaux ou anciens, s’harmonisaient dans ce Tout de signifiance et de vérité.