Le Général Kellermann à Eze...

Publié le par Xavier Cottier

          Général Kellermann, Duc de Valmy

La sentence Christique : "Qui veut sauver sa vie la perdra" est frappée au sceau de la sagesse et de la spiritualité. Mais il fut un temps durant lequel celle-ci aurait été un gage assuré de mort violente.

Il s'agit de la Campagne d'Italie, guerre révolutionnaire en laquelle un certain Général Bonaparte voit déjà le double mérite d'éloigner sa tête du couperet et de renvoyer celles des jusqu'au-boutistes aux paniers de l'histoire. N'oublions pas que le 9 août de l'An II, Bonaparte était conduit au fort carré d'Antibes, arrêté et ses papiers scellés. Nous connaissons la suite...

La nuit du 28 septembre au 29 septembre 1791 permet à un enfant du pays, André Masséna, de rentrer au bercail après quinze longues années d'absence. La place de Nice est ouverte, pillée et en proie aux plus grands dangers. Sous la direction du Lieutenant-Général Anselme, le lieutenant-colonel en second Masséna du 2e Bataillon du Var va mettre de l'ordre à Nice, au Montalban et à Villefranche.

Sa légendaire aura "d'enfant chéri de la victoire" a peut-être commencée alors qu'il s'empare sans coup férir de Levens, son pays natal, après que ses habitants eussent massacré le détachement de la Brigade Barral.

Mais il est surtout chargé de la maîtrise des routes et notamment de l'axe Nice Turin qui passe par Saorge et Coni, au-dessus du confluent du Gesso.

           Collection Société Muséale Albert Figuiera


D'après la note ci-dessus, sans doute émanant du fils de Ludovic Figuiera ou de sa fille Claire, c'est en 1794 que son père dut quitter le village et joindre Coni. Déjà, il explique dans son journal, les difficultés qu'il dû affronter à son arrivée à Ostende. Nul renseignement sur cet épisode mais sans doute sa courte relation avec Robespierre Jeune et la proximité du 9 Thermidor, l'incitèrent-il à aller au plus proche des troupes plutôt que des politiques; elles sont définitivement moins dangereuses.

La note, réécrite plus tard car sa lisibilité est plus que difficile bien qu'elle fût en français, explique qu'il demanda un sauf-conduit à Masséna mais ne se fit pas reconnaître (il le connaissait donc!) car, dit la note : "par crainte qu'il ne le fit fusiller...".

Le maire, Louis Figuiera (ou Figuiere) était donc absent d'Eze. Toujours le même, l'ouvrage de Charles-Alexandre Fighiera nous indique les péripéties de l'application des lois républicaines et notamment l'acquisition des biens d'église par la famille Millo qui les rendra une fois la paix revenue.

Ces deux années 1794-1795 sont charnières. Aussi, est-il établi qu'après Thermidor, Ludovic Figuiera est revenu à Eze. Et c'est là que la seconde note nous apprend qu'il reçut, en sa maison familiale, la visite du Général Kellermann qui était arrivé à Nice le 5 mai 1795.

La raison de la réquisition de la maison familiale des Figuiera pour une nuit peut être due à l'affaire dite "Fulconis". Nous sommes au mois de Fructidor, le 4 de l'an III soit plus précisément le 4 août 1795.

L'Escarène fait partie de la commune d'Eze et un nommé Fulconis, officier municipal, est soupçonné dans le cadre d'une affaire pénale. Il se trouve que le "bosco" du maire, Ludovic Figuiera, fut Philippe Fulconis. Nul doute que la police bien faite des armées républicaines en marche fit le rapprochement d'autant plus facilement que le Capitaine avait été jugé puis relaxé par un tribunal révolutionnaire quatre ans plus tôt.

Le Fulconis de l'Escarène sera élargi et celui d'Eze ne sera pas inquiété. (Archives Départementales Document L 0164 de l'An III à l'An V).

La transcription de la note que nous dénommons Kellermann (les deux notes originales sont en très mauvais état) décrit la venue de l'officier prometteur et déjà vainqueur de Valmy le 20 septembre 1792.

Il est accompagné de son jeune aide de camp - notons que son fils fut son aide de camp pendant des années - et a sollicité le gîte et le couvert pour une nuit. Il l'obtient sans problème - comment pourrait-il en être autrement - mais il se voit donner la chambre la moins bonne, celle sans fenêtre, alors sorte de garde-manger, dotée d'un seul lit et bien petit pour le presque géant qu'est Kellermann.

Ils travaillent sur la table de la salle-à-manger et il leur est confectionné un feu de noyaux d'olives - c'est de cette péripétie que nous tenons cette méthode particulière et sans doute bien Ezasque - puis, le maître de maison lui demandant son nom, il déclare qu'il le saurait au matin.

Parti tôt, l'officier laisse au mur ocre de la chambre obscure un nom tracé au charbon de bois : Général Kellermann qui sera ensuite, nous dit la note, passée au badigeon. Sans doute par prudence car personne ne sait mieux qu'un Ezasque que la victoire est bien plus éphémère que la défaite.

Il est peu de jours où, passant par cette pièce, nous ne pensions à cette époque et à ces hommes éternellement balancés entre le meilleur et le pire.

Leur mérite? Avoir, presque toujours, évité la médiocrité.

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