Auguste Blanqui

Publié le par Xavier Cottier

Auguste Blanqui

Le père d'Auguste Blanqui, Jean-Dominique Blanqui, est né à Eze en 1757, dans le quartier de la Trinité, séparé de la commune en 1818. Le 17 avril 1793, les Alpes-Maritimes élisent trois députés à la Convention dont l'Ezasque Jean-Dominique Blanqui qui est professeur de philosophie et d'astronomie au Collège Royal de Nice.  

            Membre important de la Convention, il est un girondin, donc un modéré, auteur de plusieurs textes dont celui-ci particulièrement intéressant : Projet de décret tendant à faciliter la baisse du prix des denrées et le commerce du petit détail, par la mise en circulation d'assignats métalliques depuis trois deniers jusqu'à dix sols, servant de fractions aux assignats déjà existans / par D. Blanqui,...impr. par ordre de la Convention nationale.

              Notre Ezasque a deux fils, tous deux brillants. Adolphe, tout d'abord, économiste dit libéral, né à Nice en 1798 puis Auguste né à Puget-Théniers en 1805. C'est surtout ce dernier qui fera parler de lui.

               Il fait partie de ces hommes, insensés ou courageux selon les thèses, qui passeront une partie de leur vie en prison pour leurs idées. Quant à lui, c'est trente-six années de pénitentiaire qui lui permettront d'échafauder son système de syndicalisme révolutionnaire et fondateur, disent les spécialistes, du socialisme à la française.

               Son père fut emprisonné sous la Terreur (comme tout un chacun), puis devint sous-préfet à Puget-Théniers sous le Premier Empire.

               Le jeune Auguste Blanqui, fils de bourgeois, adhèrera comme Louis Napoléon Bonaparte, fils de Prince, au mouvement dit "Carbonari" en 1824. Pourtant il luttera contre l'Empereur, sera emprisonné mais, comme l'Empereur lui-même (devenu Badinguet pour les besoins de son escapade) s'évadera et se réfugiera en Belgique.

                Il participe, bien sûr, à la Commune de Paris et épaule le mouvement de Gambetta - un autre Niçois -. Ce sont donc bien trente-six ans de prison qu'il aura dû pu purger.

                Il semble donc bien que le non-conformisme soit bien une vertu Niçoise et plus particulièrement Ezasque. Fut, devrais-je dire... Je ne prétends pas que les "socialistes utopistes", ainsi que les dénommait Karl Marx lui-même, puissent justifier de résultats conformes à leurs espérances. Cependant, il est plus qu'intéressant de noter que ce 19ième produisait moins d'imbéciles que la machine contemporaine à emboutir les opinions. Qui se souvient que Victor Hugo a été monarchiste, puis Bonapartiste et enfin : Victor Hugo, d'autant plus libertaire qu'il était ceint de tous les honneurs? Qui se souvient qu'Emile Zola fut tout d'abord anti-dreyfusard avant - mais bien plus tard - de rédiger son définitif "J'Accuse"? La philosophie animait la politique, la politique animait la philosophie et un fils d'Eze, devenu sous-préfet en passant par la case "Terreur", enfanta deux enfants terribles dont l'un laissa son nom aux plaques des rues des villes ouvrières (et industrieuses).

                 Les Blanqui, Fourier, Proudhon et autres Saint-Simon seraient sans doute aujourd'hui journalistes. Leurs mérites? Celui d'avoir su écrire des mots qui remuaient les foules. N'oublions pas que sans ceux-ci et sans celles-là jamais le Comté de Nice n'aurait pu devenir français. Je finirai en me souvenant d'un Léon Gambetta qui écrit à François Malaussena, le beau-père de César-Marie Figuiera,  maire d'Eze, pour lui signifier qu'il avait, à tort, attaqué sa politique de rattachement à la France. Curieuse et fascinante ironie de l'histoire qui montre un comté de Nice réuni à sa puissante voisine à l'issue de son premier vrai scrutin en 1860 et ses enfants les plus célèbres avoir toujours fait montre d'une critique des nations qui s'attaquait plus aux frontières qu'au pays qu'elles contiennent. 

                    Auguste Blanqui était donc bien fils d'Ezasque. Contradictoire, certes, mais bien vivant et insensible à l'enfermement qui lui fut imposé. Le nôtre est d'un autre ordre et le fruit de cette casuistique : "Exprimez-vous librement mais seulement si vous êtes d'accord avec chacun!" 

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