Eze et l'Enseignement

Publié le par Xavier Cottier

Prix du Lycée de Nice - Collection Société Muséale Albert Figuiera

Les Ezasques et l'enseignement. Vaste sujet que je limiterai aux XIXe et XXe siècles.

Plus que d'enseignement, il s'agirait de parler d'école au sens républicain du mot, lequel est curieusement apparu ici avec le Second Empire et sa fin, soit la naissance de la Troisième République.


Avant l'avènement de ces temps que l'on peut qualifier de modernes, l'enseignement, quant à lui, se vit être diligenté par le Curé pour les uns et dans les villes environnantes pour les autres. Les impétrants, conformément aux voeux de leurs parents ou aux leurs, pouvaient suivre le cursus de quelque école spécialisée ou établissement plus général. Bien sûr, le plus souvent il s'agissait de Nice, de Monaco mais aussi de Turin, capitale du Comté avant 1860..


L'école quant à elle, c'est à dire le champ clos de l'apprentissage de l'écriture, de l'histoire, de la géographie, des sciences naturelles et des mathématiques, commençait à sept ans pour s'achever à l'orée de l'âge adulte, symboliquement matérialisé pour les garçons par le service militaire qu'il fût obligatoire, censitaire ou professionnel.


En ce sens, donc, la première école d'Eze date de 1868. Le Conseil Municipal décide alors de faire l'acquisition d'une maison sise rue de la Paix, toute proche de la Mairie. Il confie à l'ingénieur Carua le soin de procéder à la mise en conformité de cet immeuble qui comprendra le sanitaire nécessaire à l'hygiène quotidienne des petits élèves qui, notons-le, ne seront que des garçons car la mixité est impensable, quand bien même il s'agit d'enseignement non confessionnel.


Les travaux envisagent la réparation et l'agrandissement de la Mairie et du presbytère déjà existants, l'école les jouxtant étant aménagée dans ce petit centre regroupant les services publics communaux du village alors que souvent l'instituteur faisait office de secrétaire de mairie.


Puis, en 1913, le Conseil Municipal vote un budget initial de 40.000 FF pour la création d'un groupe scolaire en bas du village, le long de la Moyenne Corniche. Ce poste budgétaire est le plus important et le demeurera longtemps.


Le projet est confié à l'architecte communal Bonifassi. L'entrepreneur est monégasque, il s'agit d'Antoine Benedetti. L'école, cette fois, est mixte mais les classes et leurs entrées sont indépendantes pour séparer les garçons et les filles.


Enfin, pour beaucoup l'enseignement secondaire sera suivi au Lycée de Nice. Ceci pour les garçons car beaucoup, parmi les jeunes filles, seront élevées en Italie. Ce fut le cas pour ma mère et ma grand-mère, respectivement fille et petite-fille d'Albert Figuiera.


Vous trouverez en tête de cet article la photo d'un livre de classe particulier puisque celui usité dans les années qui suivirent le Rattachement de Nice à la France pour enseigner la littérature de la nouvelle patrie. Désigné pour "L'enseignement Secondaire Spécial", il sera l'ouvrage qui fera découvrir à des milliers de jeune gens la culture française fondamentale. Parmi eux, certains Ezasques privilégiés qui se destinent à une carrière juridique, militaire ou toute autre.


Habile, puisque destiné à une région ayant nouvellement rejoint le sanctuaire français, il place le Latin comme à l'origine de la langue française, puis cite Troubadours et Trouvères dont la mention ne peut qu'être flatteuse pour le Comté. Suivent les pierres d'angle de la littérature et du théâtre classiques pour finir avec les "Grands noms des littératures étrangères". Le premier d'entre eux : Dante. Sans aucun doute, le plus parlant des "étrangers".


"Mais lorsque je fus arrivé au pied d'une colline où se terminait la vallée qui m'avait saisi le cœur de crainte,je regardai en haut et je vis son sommet déjà revêtu des rayons de la planète qui nous guide sûrement dans tous les sentiers. Alors se calma un peu cette peur qui était restée dans le lac de mon cœur, toute cette nuit que je passai dans une si grande angoisse.Et comme celui qui, sorti tout haletant de la mer sur le rivage, se retourne vers l'onde périlleuse et la regarde..."


"La Divine Comédie" - Chant 1er- Traduction Delécluze-1853

N'ont-ils pas reconnu Eze, ces jeunes étudiants?

Son centre, aujourd'hui, s'est déplacé, celui de sa culture également.

Ses bases, certes monolithiques mais qui furent si solides, se déplacent vers d'autres pôles qui, précisément, me semblent plus glacés que jamais.

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