A Salomon...

Le ciel, trempé de nuages, la mer au clapotis bleuâtre: au premier plan le fier aloès qui dresse ses tentacules, le haut cyprès que même Eole ne peut déraciner et, enfin, cachée et défendue de fer forgée, au bord du précipice une corniche de maison.
En une seule photo, les cinq symboles d'Eze.
Le ciel tout d'abord, cela s'impose. Il illustre dans sa beauté changeante la nécessité absolue, plus ici qu'ailleurs, de diriger quand il le faut ses pensées et son âme vers ce qui fait se dépasser. De même, il est un moyen simple de calmer la fureur des temps, de tous les temps. Un regard vite jeté à la croisée d'une fenêtre et voilà que l'on retrouve tout. Frappé ou non au coin de la lune ou du soleil, il n'est pas un plafond où brille une lumière mais une frontière qui, parce qu'elle fut remarquée par Nietzsche, est source de joies pour tout un chacun. Le gai savoir...
Les armes d'Eze devraient donc être frappée "d'azur". Non pas celui vulgaire et marchand de la "Côte", bande molletière des soldats de l'argent, mais profond comme une aigue marine. Le ciel fait partie de ce qu'"ils" ne pourront pas nous enlever.
La mer, crainte donc vénérée, siège des dieux abyssaux. Elle est le creuset où coulèrent les peuples, amour et sang mêlés, pour faire ce que nous sommes : des passants au bord d'un navire mortel. Nous craignons tout, sauf elle lorsque,ammarés au flanc de notre rocher nous la voyons en colère. De nuit, lorsque la brise vient du Sud, il est même possible de l'entendre battre les rivages de la Petite Afrique.
Non pas "Eze-Sur-Mer" mais Eze sur la Mer, île flottante qui sombre sans le savoir ou, plutôt, feignant de l'ignorer. A bien regarder la mer, nous nous sentons plus Grecs...
L'aloès, "l'Arbre à Jésus" des Indiens d'Amérique, le "Lys du Désert" pour les Bédouins, il marcha jusqu'à Eze et s'y fixa. Il a compris qu'ici chacun savait que seule la caresse permet de le toucher, alors que son pic étonnant n'est destiné qu'à faire peur. Le Roi Salomon lui-même s'adressant à la beauté semble s'agenouiller au pied de la colline inspirée...