Du discours, de la méthode et de ses difficultés…
Du discours, de la méthode et de ses difficultés…
Il n’y a plus d’histoire « locale » ! L’histoire est bien davantage différenciée, de nos jours en tous cas, par ses méthodes que par son sujet d’étude.
De fait, si le discours savant perdure – sans, toutefois, qu’il soit autant répercuté qu’il le fut jadis-, la tendance est plutôt à la « vulgarisation ». Notons, au passage, que cette tendance n’est pas qu’historique…
Ainsi, est-ce l’oral qui prédomine, ne demeurant dans le genre rédigé que celui de la biographie.
En ce qui concerne Eze, et si l’on fait un bilan objectif, le seul ouvrage consacré à Eze demeure celui de Charles-Alexandre Fighiera. Je ne ferai pas insulte à la mémoire de son auteur en affirmant qu’il fut peu lu et encore bien moins à Eze qu’ailleurs. Le fait est triste mais patent.
Les raisons d’un tel fait ? Tout d’abord, semble-t-il, une désaffection du public à l’endroit de « l’histoire vraie ». Le mensonge, lorsqu’il est appliqué à l’histoire, semble alors se revêtir de mille fleurs parfumées qui font oublier les senteurs, déplaisantes à d’aucuns, d’humus, de glèbe et, parfois, de sang. Egalement, et sans doute au premier rang des explications, le Tourisme. Elevé en institution, ainsi qu’il l’est ici et dans maints endroits de la planète, le Tourisme génère son propre discours, égalitaire dans son souci de médiocrité et prétendument démocratique puisqu’il fustige à dessein tout ce qui semble correspondre à une époque d’élévation. Par exemple, il s’agissait de salir le Moyen-Age pour glorifier la Renaissance alors même que si l’on examine ces deux périodes, la première est loin d’égaler en turpitudes la seconde qui, pourtant, demeure sanctifiée. De même, le discours dominant et touristique sur Eze applique-t-il les mêmes maximes : 1) présenter l’autochtone de façon uniforme, souvent ridicule et conforme à l’image médiévale véhiculée par une « école » historique inepte 2) montrer en quoi le « progrès » - qui, bien sûr, n’a touché l’indigène que bien tard en raison de son inaptitude à le comprendre, changea sa vie, 3) affirmer, si ce n’est prouver, que la manne du natif n’est toujours venue que de l’extérieur, étant constant qu’il ne prit figure humaine que dès lors qu’il s’est fondu dans le nouveau creuset, 4) inventer lorsque l’on ne sait pas, notablement sur la période antique recouverte de la robe d’Isis faute de pouvoir l’étudier par le menu, 5) construire des « légendes » à partir de faits vrais, 6) globaliser la communauté et individualiser l’étranger (i.e. Mr. … fit don de l’eau à Eze, M. … fit construire …. lesquels, après vérification, s’avèrent n’avoir que fait usage de biens communautaires immémoriaux laissés, après cession, à l’usage privatif)...
Appliquées à l’histoire mondiale, ces méthodes fonctionnent depuis déjà longtemps et sont la source de la plupart des conflits culturels existants qui, de plus en plus souvent, débouchent sur d’autres plus graves.
Mais il est aussi vrai, et plus particulièrement à Eze, que la communauté ainsi visée ne se défend pour ainsi dire jamais ou bien mal. Tout Ezasque de bonne foi qui aurait étudié ces questions de la production historique locale aura constaté bien vite que, hormis un noyau dur et tenu à l’écart, les Ezasques depuis trente ans environ laissèrent de côté la préoccupation de la sauvegarde de leur mémoire.
Objets usuels et meubles meublants jetés aux ordures, correspondances et archives brûlées, maisons et terres vendues et mal vendues, voilà le sort presque commun du passé Ezasque. Sans omettre le pillage public : disparition des toiles de David, vol du « trésor » de la Chapelle des Pénitents Blancs dans les années 1980, détournement de l’usage de biens municipaux à des fins privées, délabrement de l’église paroissiale et remplacement de mobilier religieux authentique par de la brocante bon marché, saccage visible des falaises d’Eze (étant constant que l’administration des Sites n’a pas même accès à Google Earth qui, en temps réel, permet de constater de visu ces méfaits irréparables), organisation de « fêtes » prétendant « raviver » les traditions et qui sont autant de mascarades, etc. etc. etc.
Le constat est pessimiste. Cela ne veut par dire qu’il n’est plus possible d’agir, bien au contraire. Ainsi, j’avise nos lecteurs que d’ici le 15 octobre 2008, il va être procéder au pavement de la Place de l’Eglise d’Eze (dite « La Frache »). L’administration citée plus haut a donné son aval sans aucune concertation avec les habitants d’Eze. Du bas vers le haut remonte l’argent, du haut vers le bas : le mépris. La question est pourtant simple : était-il urgent de paver la place de l’Eglise alors que cette dernière (classée à l’époque de M. Jacques Lang Ministre de la Culture) dépérit, dévorée qu’elle est par la maladie de la pierre en son tréfonds et visiblement porte en son revêtement de stuc les cicatrices du temps ?
Notre Société, voisine du carnage à venir, sera vigilante et vous avisera de l’avancée des « travaux ».