Un Bureau de Bienfaisance à Eze...

Publié le par Xavier Cottier






Délibération du Conseil Municipal d'Eze
Archives Société Muséale Albert Figuiera


En ce début de l’été 1903, la Commune d’Eze vient de désigner une nouvelle équipe municipale. A sa tête : Albert Figuiera.

 

 

La période est difficile pour une France divisée, factions contre factions, par la question confessionnelle. Deux années plus tard, la guerre des Congrégations fera rage.

 

Pourtant, c’est bien dans la droite ligne des oeuvres de la Confrérie des Pénitents qu’en date du 28 juin 1903, le Conseil Municipal d'Eze décidait la création d'un Bureau de Bienfaisance.

 

L'exposé de ses motifs est tout à fait remarquable et vaut donc d'être cité :

 

"Eze est une des rares communes du département qui ne possède pas de Bureau de Bienfaisance...

Sa situation près de la frontière, à cheval sur deux routes nationales et près de centres importants en fait également un lieu de refuge pour les malheureux de toutes nationalités empruntant ces routes et du secours, un couchage, de la nourriture...

Il est bien regrettable que pour une simple question d'argent, la commune ait été privée jusqu'à ce jour d'une oeuvre appelée à soulager tant de misères; cependant elle compte parmi ses habitants et surtout parmi ses hôtes d'hivers, des personnes au coeur généreux qui pourront l'aider à mener à bonne fin cette institution essentiellement humanitaire et philanthropique.

Le Conseil Municipal résolu, une bonne fois, à faire aboutir son projet fait un pressant et chaleureux appel à toutes les personnes, sociétés et établissements du littoral qui par leur générosité peuvent contribuer à la réalisation de l'oeuvre entreprise et ouvre à cet effet la présente liste de souscription dont le produit sera affecté à la constitution du capital nécessaire.

 

A Eze, le 28 juin 1903"

 

Suit la signature du Maire, Albert Figuiera.

 

Les dons totaux en cette première journée atteignent presque 2000 francs, très précisément 1980 Francs.

 

La Commune offre 300 F, le Maire 50 F. Puis la Société des Bains de Mer, Dominique Durandy, Conseiller Général, le député Poullan, Félix Brès, le docteur André Figuiera, cousin du Maire, le Colonel Bertola, Sir Walter, Lady Russel, André Asso, Adjoint...

 

Cet émargement des donateurs n'était évidemment pas fourni au public et, un peu plus tard, le rôle des bénéficiaires non plus.

 

Ce Bureau de Bienfaisance, une fois bien établi, participera à plusieurs souscriptions nationales, notamment en 1910 lors des inondations de Paris.

 

L'établissement de la Sécurité Sociale aura eu, à juste titre, raison de lui mais il n'est pas inutile de se rappeler des hommes et des femmes qui, avant cette institution, participaient localement à l'éradication de la pauvreté.

 

Je note enfin qu'il est fait état des "hôtes d'hiver". Ceux-ci, constitués principalement d'étrangers étaient, il est vrai, généreux.

 

Devenir habitant d'Eze ne s'achetait pas mais était un état qui devait se mériter. Cette initiation passait davantage par la contribution discrète aux oeuvres du village qu'à celle, plus ostentatoire, de manifestations publiques, mondaines, souvent coûteuses et toujours inutiles.

       La Mairie d'Eze au début du siècle - Collection SMAF

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