Repose en paix...
Conseil Municipal d'Eze de 1904 - 15 août - Collection "Société Muséale Albert Figuiera
Comme son Capitaine d'arrière grand-père, Ludovic Figuiera, a dû porter en terre son fidèle "bosco" : Philippe Fulconis, le maire d'Eze depuis 1904, Albert Figuiera, se prépare pour accompagner Constantin Fighiera, son adjoint.
Nous sommes le 12 mars 1909.
D'une écriture fine, rapide, sans rature, il rédige l'oraison funèbre qu'il lira face à la tombe ainsi qu'on l'a toujours fait ici.
Le conseil municipal d'Eze, héritier de l'institution médiévale du "Conséo", est uni comme le plus solide granit.
La vraie légitimité, à ses yeux, est octroyée par la double onction du temps et de l'adhésion des membres de la communauté.
Les postes ne sont pas enviés ou recherchés car ils sont une charge mais ils sont acceptés comme un devoir de responsabilité tant à l'égard des vivants que de leurs prédécesseurs.
Chapeau à la main, dans le petit froid du mois de mars, le maire lit :
"C'est avec une profonde stupeur que j'ai appris coup sur coup la maladie grave et la mort de mon adjoint. La mort l'a terrassé en pleine vigueur intellectuelle, en pleine santé.
Fighiera dont la devise fut toujours honneur et devoir laissera dans tous les coeurs le souvenir d'un homme de bien, loyal et bon. Son père avait été le collaborateur de mon grand-père et le mien et il fit partie de mon conseil municipal pendant 25 ans. Lorsque je me présentais en 1903 et briguais les suffrages des électeurs d'Eze, Fighiera se rangea à mes côtés. Il fut le conseiller dévoué, l'ami de la première heure et m'apporta jusqu'à sa mort un concours dévoué et fidèle.
Fighiera avait l'estime de tous ses collègues au sein du Conseil. Ses opinions et la droiture de son esprit furent si appréciés qu'en 1907 il fut élu adjoint et renommé aux mêmes fonctions aux élections municipales de 1908.
Cette confiance de ses collègues prouve l'estime dans laquelle ils le tenaient. Le Conseil Municipal d'Eze perd en Fighiera un esprit éclairé, honnête et droit, dévoué à la chose publique.
Je perds plus que tout cela un ami et ma qualité de Maire me vaut le triste honneur de lui adresser un dernier adieu alors que les sentiments douloureux qui m'étreignent voudraient le recueillement et le silence.
Fighiera, ta dépouille mortelle descend au tombeau mais ton souvenir restera impérissable dans mon coeur.
Puisse le spectacle des sympathies qui se manifestent partout autour du cercueil de cet homme de bien adoucir la douleur des siens auxquels vont tous nos sentiments émus.
Au nom du Conseil Municipal d'Eze, en mon nom, Cher et excellent collègue et ami : Adieu.
Repose en paix."
Ces hommes, visiblement, avaient fait de leur vie l'illustration de cette maxime de l'empereur et philosophe Marc-Aurèle ("Pensées", Livre Huitième, XXXIII) :
"Recevoir sans fierté, quitter sans regret".