Dante à Eze?

Publié le par Xavier Cottier

Le fait que fût avéré à Eze un lieu-dit dénommé « Virgili » ou « Vallon de Virgili » ne poserait nulle interrogation si nous ne savions que Dante, au Chant III de son « Purgatoire » a évoqué la région de La Turbie.


 Extrait cadastre "napoléonien" - Eze -

Accompagné de son guide Virgile, voilà ce que ce voyageur mystique nous déclare :

(Traduction d’André Pératé – texte italien établi par Marina Zorzi Kolasinski)

 

« Noi divennimmo intanto a piè del monte :

quivi trovammo la roccia si erta,

che indarno vis arien le gambe pronte. »

 

Nous arrivions à tant au pied du mont

Où nous trouvâmes la roche si abrupte

Qu’en vain les jambes y eussent été promptes.

 

« Tra Lerice e Turbia la più diserta,

la più rotta ruina è una scala,

verso di quella, agevole ed aperta. »

 

Entre Turbie et Lerche, la falaise plus déserte

Et rompue est une marche,

Auprès de celle-ci, large et à l’aise. »

 

Face à deux évidences : la présence du lieu-dit Virgili et de la mention de La Turbie, notre voisine, par Dante aux fins d’évocation d’une « montée pénible » (cf. F. Nietzsche), il est loisible de s’interroger sur la première : Dante, s’il s’est rendu à La Turbie a dû passer sur le territoire d’Eze et quant à la seconde : le toponyme virgilien préexistait-il à cette visite ou est-il l’héritage de cette visite incroyable ?

 

                    Plaque fonte Dante & Beatrice - 18ième siècle
                      Collection Société Muséale Albert Figuiera

Celle-ci aurait dû avoir lieu entre 1308 et 1310, soit environ 80 ans avant la dédition de Nice à la Savoie. La conservation de l’allusion virgilienne jusqu’au 19ième siècle ne serait donc nullement surprenante même si la façon dont elle a pu se fixer demeure un mystère. Dante a visité la Provence aux mêmes périodes et c’est à elle que nous appartenons encore en ce début du 14ième siècle. Certes, il serait plus plausible que ce vallon se fût appelé « Dante » mais il n’est pas déraisonnable d’imaginer que le propriétaire de cette terre ait préféré privilégier Virgile qui, alors, est davantage au cœur de l’imaginaire de ses pairs qui furent colons grecs et latins.

 

Enfin, il convient de ne pas sous-estimer le « bouche-à-oreille » Ezasque qui fit, qu’encore aujourd’hui, nous conservons le « souvenir » de la visite du peintre David, du Général Kellermann, ou même de Jules César qui, dit notre légende, aurait abreuvé son cheval au pied de l’Ibac où se trouvait déjà une fontaine. Les avis de nos lecteurs sur cette question sont bienvenus et nous les attendons avec impatience.

 

 

 

 

 

 

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